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Les as de Granon à Nimes 1930

mercredi 21 septembre 2016, par Bernard

Extrait du Toril N° 296 du 06/09/1930,
la suite dans l’article de TAMARISSO pour le Toril N°297

"Nous aurions voulu en parler dans le dernier numéro, si nous avions pu, afin que les réflexions ci-dessous passent avant la course, était présentée au public d’une bien drôle de façon.
Nous n’avons pas compris et nul ne saurait nous expliquer pour quelles raisons Lou Mounla et le Ramoneur étaient plus primés que le Clairon et l’Orphelin. " (...)

Ce sont là sans doute les multiples combinaisons qui font la renommée d’un cocardier ; mais ce n’est pas le moment de parler de cela est arrivons-en de suite à cette magnifique course.

La dernière course du Sanglié à Nimes a été l’occasion d’une manifestation taurine qui marquera dans les annales de la tauromachie. Ceux qui assistèrent à la course du 31 août
peuvent graver cette date sur leur carnet taurin, car, peut être jamais, pareil fait ne se renouvellera.
De mémoires d’homme, et je pourrais citer le témoignage d’homme de l’âge de mon père, qui a plus de 70 ans, d’aficionados comme Mr Desjardin, d’Aigues Vives, qui voit des courses et des courses depuis toujours, de Nîmois comme Thoulouze, qui lui se souvient de la période de 1890, de mémoire d’homme, dis-je, on avait vu pareil spectacle, non pas à Nîmes, nie en Provence, ni même en Languedoc, mais nulle part en n’importe quelle arène de ses divers endroit.
Tout, d’ailleurs, semblait vouloir concourir à la réussite de cette fête. Le ciel d’une pureté inimaginable, le soleil qui grazillait les gens et s’efforçait de dorer davantage encore les pierres des arènes. La foule qui s’était rendue à cette fiesta et qui attendait trépidante les émotions sans cesse renouvelées, la foule uniquement composée de gens du terroir ! Certes, on était pas venu de Dijon, de Mâcon, de Dunkerque ou de Quimper pour voir cette course libre, mais tous les amoureux de la bouvino étaient là, on était en famille et on pouvait se serrer les coudes, se cogner un peu, le voisin ou ami ne risquait pas de rouspéter, ni de trouver à redire quand, n’en pouvant plus vous vous leviez pour extérioriser votre joie, votre enthousiasme, votre estrambord.
Il y avait là de 10 à 12000 personnes. Tant pis pour ceux qui ne sont pas venu grossir ce chiffre, jamais plus, sans doute, ils n’auront l’occasion de revoir un spectacle pareil.

Oui, tout cela contribua à cette fête, mais l’élément essentiel de cette ce fut surtout le taureau. Lou Bioù ! Les six cocardiers qui accompagnaient le Sanglier semblèrent tous vouloir faire mieux les uns que les autres, tant et si bien que du premier au dernier la température monta sans arrêt, et quand le dernier, et le meilleur, de très loin le meilleur des six, L’Orphelin, rentra au toril, ce fut un débordement, un déchaînement indescriptible, les gens ne savaient plus, ils criaient, ils applaudissaient et nous-même avions complètement perdu la tête.

Et l’ovation montait vers le cocardier, mais elle s’adressait aussi aux hommes, aux razeteurs qui avaient fait preuve de vaillance, de courage et aussi de bonne volonté au cours de cette course que nous sentons bien incapable de faire revivre pour nos lecteurs, pourtant si indulgents.
Les aficionados ayant vu de si belles choses ne se souvinrent peut-être pas assez de l’excellente course que fit Le Dur.

Lou Dur sortit premier et reçut un de ces assauts qui font époque. Cartier attaqua ce taureau auquel ont fit près de cent razets. Cela paraît invraisemblable. La brute répondait a tout, accompagnait souvent aux planches et nous nous demandions anxieusement si Lou Dur tiendrait ainsi le temps réglementaire, tirant la langue, les flancs battants, les yeux en sang, le cocardier venait toujours, il vint même très fort sur Blanchet et Granito, ce dernier manquant la cornada cinq ou six fois en cours de cet après-midi, jusqu’au moment où il fut pris par L’Orphelin. Il coupa la cocarde de ce premier, Paulet l’enleva, Garonne pris le gland et Granito encore, après la sonnerie de rentrée au toril , enleva le deuxième. Lou Dur revint donc complètement déshabillé au toril, mais, il n’en entendit pas moins une ovation bien méritée. Ce fut la première de la journée, mais non la dernière.

Lou Cerf fut le moins bon de la journée, il aurait pu être un des meilleurs si la présidence, dont nous parlerons longuement tout à l’heure, n’avait pas commis la gaffe de le laisser se reprendre. D’ailleurs, le taureau fit un coup de barricade sur Granito qui montra ainsi sa classe de bon cocardier. Ce taureau fut le taureau de Cartier, l’Arlésien, qui est dans une forme éblouissante, coupa la ficelle, enleva la cocarde et les deux glands, quand le fameux taureau de Granon eut réintégré le toril, la direction offrit à Nourrit le sympathique baile-gardian de la manade, une superbe palme enrubannée des couleurs vertes et rouge. Nourrit, qui a tant caracolé dans les pistes, dut traverser celle de Nîmes au milieu d’une grande ovation, qui ne se termina que pour enguirlander le trompette chargé d’annoncer, dix minutes d’entracte.
Je sens que je dépeins bien tout ce qui s’était passé jusqu’à ce moment là. Comment décrire alors ce qui suivit. Ce que nous avions vu nous avait enthousiasmé et la température était très élevés sur les gradins des arènes, où le soleil continuait à répandre du feu et l’or à profusion.

Comment décrire la course du Clairon, les razets de Margaillan et de Cartier, comment décrire la course Du Mounla, courses éblouissantes, courses en feu d’artifice, avec des trente secondes d’émotion violente, comment décrire surtout la course de L’Orphelin , car, ne l’oublions pas ; le dernier fut le meilleurs, et de loin, devant tous les autres.
Essayons tout de même. J’ouvre mon carnet de notes et y lis : « Lou Clairoun » attaqué par Margaillan, enlevée par Cartier, premier gland Cartier, joli ; Vient fort sur Rey, Blanchet et Margaillan, comme c’est laconique tout çà, écrit nerveusement, et comme ça ne dit peut de chose aussi. Ce qu’on ne peut décrire aux arènes, ni même assis bien tranquillement devant un bureau, c’est le calme du taureau surveillant les hommes, les tenant aux aguets, puis partant au bon moment, poursuivant de toutes ses forces et passant à chaque fois la tête au-delà de la barricade , comme seul savent le faire les cocardiers de grande, très grande classe. Ce qu’on ne peut décrire ce sont les cinq ou six razets de Cartier, qui valaient chacun d’eux un sac rempli de Louis d’or.

Le Clairon fut, à notre avis le meilleurs cocardier de la course après l’Orphelin. Nous donnons comme toujours notre opinion sans arrière pensée, mais nous craignons bien cette fois encore ne pas être de l’avis de tout le monde.

TAMARISSO

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