CARTHONNET Jean, raseteur

dimanche 26 janvier 2020, par Gourgeon Bernard

Un article écrit en 1984.

De tous temps, la course camarguaise a fourni au public afeciouna un lot important d’hommes capables de le faire s’émouvoir.

Qu’ils soient têtes d’affiche ou de second plan, tous les raseteurs possèdent une certaine dose de courage pour descendre dans une arène et affronter les taureaux.


Jean Carthonnet dit Janot est né à Raphèle-les-Arles en janvier 1938.

Très jeune, il a la passion des taureaux et participe à de nombreuses ferrades et courses de nuit.
A 22 ans, il termine son service militaire et court quelques temps aux emboulés.
En juin 1965, Janot se rend à Saint-Rémy-de-Provence pour affronter ses premiers taureaux, cornes nues. Cette première course en blanc est gravée dans sa mémoire.
A l’affiche, il y a le fougueux Aiguilleur, de Chauvet-Chapelle, à qui il fera la cocarde.
Janot termine la saison 1965 à Méjanes où il est engagé en compagnie de San Juan, Moran, Pando et Dumas.

De 1966 à 1969, Janot court essentiellement dans les arènes de Méjanes lors de spectacles mixtes, mais participe également à des courses organisées par les Clubs Taurins Paul Ricard dans d’autres arènes comme Châteaurenard, Mouriès...
Ces courses sont dures car il y a très peu de raseteurs engagés (3 ou 4).

La saison 1970 est moyenne pour lui, il termine dans les dix premiers au petit trophée des raseteurs malgré une pointe dans le mollet infligée par Javannais de Grand.

1971 sera la consécration et sa meilleure saison.
Il débute l’année à Redessan pour la 1ère course du Trident d’Or où il totalise une dizaine de points sur la tête de Voltigeur (Barin), ce jour-là excellent pour un taureau jeune.
Le dimanche d’après, il se rend à Salin-de-Giraud. A l’afffiche on trouve Saint-Laurentin d’Henri Aubanel et Caballero de Bernard Lautier.

Grâce à la bravoure du premier et malgré la dureté du second, Janot marque 30 points dans l’après-midi et se retrouve premier au Crochet d’Or. Il décide donc de continuer à courir pour ce trophée qu’il gagne lors de la Finale à Fourgues où Georges Ribaud remporte le Trident d’Or avec Mandarin, Fourcaten et Cousin face à la manade Fabre-Mailhan qui sort Braconnier, taureau préféré de Janot.

C’est Monsieur Blancal, bijoutier à Nîmes, qui remet à Janot le Crochet d’Or pour sa victoire dans ce trophée.

L’année 1972 est pour Janot une bonne année, sans éclat, mais honnête.
Jacques Bouchité remporte le Crochet d’Or pour la 3e fois et le garde définitivement comme le prévoit le règlement.

1973 est une année néfaste pour Janot.
Pâtissier de son métier, le dimanche il travaille jusqu’à 11 heures, prend un peu de repos et va courir aux taureaux.
Le 10 juin 1973, il termine tard son travail pour préparer les communions, et au lieu d’aller courir à Garons où il est engagé, préfère se rendre à Marguerittes qui organise une course secondaire dans le cadre de la Féria nîmoise.
La course est composée notamment de Wisky de Pierre Aubanel.
Taureau dur et réservé que personne n’ose attaquer. Après une combinaison avec le gaucher Saragoza, Janot s’engage pour un raset à droite.
Hélas le taureau lui coupe le terrain, le rattrape et le déséquilibre avant la barrière. Wisky lui inflige 4 ou 5 coups de corne, dont un très mauvais qui lui mâche le nerf crural, ce qui a pour conséquence l’atrophie de la jambe.

Janot consulte de nombreux spécialistes mais le diagnostic est sans appel, la guérison est très longue et la récupération du mouvement n’est jamais à 100%.
Après avoir couru pendant une dizaine d’années, la carrière de Jean Carthonnet se termine sur un coup du sort.

Janot aimait bien les taureaux qui venaient fort comme Braconnier de Fabre-Mailhan, Aiguilleur de Chauvet-Chapelle, Libertin de Cambi, Loupiot et Mirko de Laurent et en général tous les taureaux de Paul Ricard.
Il aimait moins ceux qui coupaient le terrain comme Galoubet de Chapelle.

Pour lui sa meilleure course s’est déroulée le 12 novembre 1972 à Mouriès avec Marquis et Dauphin de Laurent.
Il garde de bons souvenirs des rasets qu’il a effectué à Rami ou Goya en 1970 même si ce fut sans attribut.

S’il n’a pas marqué son époque par son style, Jean Carthonnet a marqué de son sang son passage dans l’arène.
Installé depuis 8 ans comme pâtissier à Raphèle-les-Arles, il est marié et père de deux garçons.

Si un jour, vous dégustez un gâteau de Janot, jetez un œil sur le couvercle de la boîte, la tête de taureau c’est : Loupiot.


Gourgeon Bernard

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