La pie - l’agasso

vendredi 24 janvier 2020, par Charles Galtier

Article écrit en 1984

Blanche comme du coton,
noire comme du charbon.

Une énigme populaire demande :
" Qu’es acò ?... Qu’es acò ?...
Blanc, Blanc coume coutoun,
Negre, negre coume carboun,
La coua rejo coume un bastoun ? "


"Qu’est que c’est ?... Qu’est que c’est ?...
Blanc, blanc comme coton,
noir, noir comme charbon,
la queue raide comme un bâton ?"

On ne peut s’y tromper : il s’agit de la pie dont le noir et le blanc de la livrée sont si purs qu’ils ont frappé l’observateur.

La pie (Pica pica) appartient à la même famille que le corbeau, celle des corvidés, de l’ordre des passereaux.
On la nomme en provençal, pigo, margot et, plus communément agasso. On lui donne aussi, ironiquement le nom de blanco, la blanche.

Un court récit nous donne à entendre qu’elle est fière en effet de sa couleur blanche qui permet de la distinguer du funèbre et inquiétant corbeau. Elle n’en a pas moins de larges taches noires, comme celui-ci le lui fait remarquer :
" L’agasso disié au courpatas :
Siès ben negre !
Lou courpatas respoundiguè :
E tu n’as pas un bon rode ! "

"La pie disait au corbeau :
Tu es bien noir !
Le corbeau lui répondit :
Et toi, tu en as un bon morceau ! "

LA PIE BAVARDE ET LA PIE VOLEUSE

L’infatigable babil de la pie est devenu proverbial :
" Parlo coume uno agasso ", " Bavard comme une pie ".
Il est si intarissable et si lassant que le mot agassa, agacer, (agassa = crier, en parlant des oiseaux qui voient quelqu’un s’approcher du nid), se confond avec son nom.

Dans l’Aude on dit qu’un homme qui est ivre :
a aganta l’agasso, il a pris la pie.

Non moins solidement établie est sa réputation d’être voleuse : " voulur coume un agasso ", voleur comme une pie.

Les récits abondent qui nous montrent la pie-voleuse s’introduire dans les maisons pour y dérober les objets brillants : bagues, colliers, couverts... qu’elle emporte dans son nid où les jeunes dénicheurs ont toujours le secret espoir de faire quelque précieuse trouvaille.

LE NID DE PIE

Ce nid, construit de rameaux secs, grossièrement enchevêtrés, semble être la préoccupation majeure de la pie.
Elle passe, dit-on, à l’établir, le plus clair de sa vie :
" Lou nis fa, l’agasso es morto ", lorsque le nid est terminé, la pie est morte,
" Fach es lou nis, morto es l’agasso ", Le nid est fait, la pie est morte ;
" Quand l’agasso a fa soun nis, se laisso mouri ", Lorsque la pie a fait son nid, elle se laisse mourir ;
" Quand lou nis es fa, l’agasso s’en va ", Quand le nid est fait, la pie s’en va.

Il est vrai que, très souvent, la pie ne se borne pas à faire un nid pour couver. Elle en amorce plusieurs avant de décider d’en achever un.
Ces nids inachevés sont construits pense-t-on, pour déjouer les dénicheurs et prédateurs qui sont, par ces nids fictifs, détournés du nid véritable, mieux cachés. Peut-être l’oiseau a-t-il voulu seulement se faire la main... ou, plutôt précisément le bec.

Un dicton gascon note que :
" Pèl mes de febrié
L’agasso bastis l’agassié
Noun pèr poundre ni pèr coua
Mès pèr vèire se ba pla.
"

Au mois de février
la pie construit le nid
non pour pondre ou couver
mais pour voir si cela va.

Au sujet de ce nid, les " Admirables secrets du Grand Albert " (Nouvel Office d’Edition. p. 126), nous content cette fable :

" Si on veut rompre les liens ou des chaînes de fer on ira dans une forêt pour chercher le nid d’une pie avec ses petits ; aussitôt qu’on aura trouvé, on montera sur l’arbre et l’on bouchera le trou par où elle entre dans son nid, avec ce que l’on voudra.
La pie n’y pouvant entrer, ira chercher une certaine herbe avec laquelle elle rompra et arrachera tout ce qui fermait son nid ; on aura soin de mettre sous l’arbre un linge ou quelque chose sur quoi elle puisse tomber ; et on s’en servira pour faire ce que l’on dit ci-dessus ".

Une confusion s’est faite ici entre la pie (pica) et le pic (picus).
C’est à cet oiseau et non à la pie que se rapporte ce que nous dit Albert le Grand et ce que diront, par la suite, ses compilateurs.

On a, de la sorte, fait bien des confusions en ce domaine, en voyant par exemple un roitelet (l’oiseau) dans le "petit roi ", qui désignait le basilic.
De telles erreurs réclament ensuite, de l’imagination populaire, une " explication " qui puisse donner fond à la donnée, " explication " dont, bien souvent découlent les croyances aberrantes qui nous déconcertent.

ORACLES ET PRESAGES

Dans son nid, qui d’ailleurs est largement ouvert, c’est une feuille de laurier que la pie a coutume de porter et qui lui sert à se guérir de toutes les maladies.
De là découle, selon l’Interprétation des Hiéroglyphes de Horapollo, par Nostradamus (Ed. Pierre Rollet. p. 114), le choix de l’image d’une pie pour signifier : " l’homme qui se guérit soy mesmes par la reponce des oracles :
"N’est pas cessi ung accorbe expectacle
Quand est malade le rameau vert s’avance
Subit pourter dedens son habitacle
Et par ces fueilhes recoy convalescence.
"

Par le laurier, arbre sacré d’Apollon, et par sa parenté avec le corbeau qui lui est consacré, la pie se trouve liée à ce dieu, fondateur de Delphes où se rendaient les oracles.
On tire, de sa présence et de son comportement, augures et présages.

Rencontrer une pie solitaire annonce des malheurs à venir.
La voir qui, sur le chemin, disperser du crottin de cheval, présage une mort prochaine...

La pie est très sensible aux phénomènes atmosphériques :
" Margot l’agasso
Quand plòu vai à la casso,
Quand fai bèu tèms,
Se curo li dènt.
"

Margot la pie
quand il pleut, va à la chasse,
quand il fait beau temps,
elle se cure les dents.

On sait que :
" A Sant-Crespin
L’agasso mounto au pin.
"

Pour la Saint-Crépin
la pie monte au pin)

Et l’on dit aussi :
" A Sant-Valentin
L’agasso mounto au pin.
Se noun li jai
Te tèngues panca gai.
"

Pour la Saint-Valentin (14 février)
la pie monte sur le pin.
Si elle n’y couche pas,
ne te réjouis pas encore.

C’est qu’en effet cela présage la persistance de la mauvaise saison.

Mais, quel que soit le temps, la pie doit cependant faire son nid :
" En despié de mars e de febrié
Bastis l’agasso e pound la trié.
"

En dépit de mars et de février
bâtit la pie et pond la grive).

Et l’on a :
" A Pasco
D’iòu d’agasso,
A l’Ascensioun,
D’iòu d’agassoun.
"

A Pâques
des œufs de pie,
A l’Ascension
des œufs de leurs petits.

De la construction du nid on peut tirer des prévisions à longue échéance :
" Quand l’agasso fai bas soun niéu,
Trono souvent pendènt l’estiéu.
"

Quand la pie bâtit bas son nid
il tonne souvent pendant l’été.

" Quand l’agasso bastis aut,
marco de bèu tems.
Quand bastis bas, tous l’an fai vènt
"

Quand la pie bâtit haut, cela présage du beau temps.
Quand elle bâtit bas, il fait du vent toute l’année.


Charles Galtier

Oiseaux

Mots-clés

Accueil du site