La Sóuvagino (6/6) :
"LOU SARRAMEN DÓU LOUP".

samedi 12 décembre 2020, par Simbèu

LE SERMENT DU LOUP
Le loup a été surpris par le gardian alors qu’il s’apprêtait à lui manger un poulain.

Sous la menace mortelle du trident, le loup a fait le serment de ne plus manger de chair vivante. Dépité, à son tour il a obligé tous les carnassiers de Camargue à faire comme lui, puis est arrivé à faire jurer aussi l’homme de même. Ce dernier se rendant compte que l’équilibre naturel est bouleversé, rend son serment au loup qui le lève aux autres carnivores.

La Pie Grièche vient trouver le loup...


Lou Loup ié faguè benvengudo, estira au soulèu, ras d’une mato, fres e sadou, qu’à soun entour se vesié encaro quàuqui brenigo, em’un mechoun de lano qu’i brego ié lusissié.

— He bèn, Loup venguè lou Tarnagas, me sèmblo que vuei, as tua lou verme à toun idèio.

— De segur, diguè lou Loup, e acò, te lou pode dire, i’a de tèms que m’èro pas arriva. Sabe pas s’es la privacioun de-longo, mai lis agneloun, dirias que sa car s’es facho encaro mai goustouso e mai fino.

— Lis auceloun parié, diguè lou Tarnagas. Empacho pas, apoundeguè un pau aisso, qu’avèn tóuti proun rebouli pèr ta gafado.

— Dise pas de noun, faguè lou Loup, mai en avènt agu dóu malur de me faire prèndre e fourça pièi de jura, s’aviéu pas, en fourçant lou Reinard, fourça tóuti à jura parié, me sariéu encapa soulet de coundana à cava de racinage e à rousiga de poumeto e, proubable que, d’aquesto ouro, sariéu à-mand de mouri d’anequélimen.

— Segur diguè lou Tarnagas. Mai se pièi, t’aviéu pas manda vers l’Ome pèr lou faire esfraia e lou fourça de segui la lèi qu’éu, ié plasié de nous ié soumetre, n’en sarian encaro à manja d’erbo emé de graniho e tant, belèu, pèr grosso part, se veirian à-mand de mouri d’anequélimen.

— Segur diguè lou Loup.

....

A coumta d’aqui, coume peravans, lou Loup, lou Reinard, la Rùssi, lou Ratié e tóuti lis autre, pèr manja cassèron. L’Ome, coume peravans, sagatè lou bestiau e la sóuvagino pèr manja, se vèsti o se pimpara.

E coume peravans, à coumta d’aqui, lis afaire sènso ana dóu mies, anèron de-segur forço mens mau.

Le Loup lui fit bon accueil, allongé au soleil contre une touffe d’herbe, frais et rassasié, quelques restes près de lui et une mèche de laine luisant à ses babines.
— Hé bien, Loup dit la Pie Grièche, il me semble qu’aujourd’hui tu as changé d’idée.
— Pour sûr, dit le Loup, ça je peux te le dire, il y a longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Je ne sais pas si c’est du fait de la privation, mais on dirait que la chair des agneaux s’est faite plus goûteuse et plus fine.
— C’’est pareil pour les oisillons dit la Pie Grièche. Il n’empêche, ajouta-t-elle un peu rebelle, que nous en avons tous ragé de ta bévue.
— Je ne dis pas non, fit le Loup, mais en ayant eu le malheur de me faire prendre et ensuite d’être forcé de jurer, si je n’avais pas, en forçant le Renard et tous les autres à jurer de même, je me serais trouvé seul, condamné à déterrer des racines et à ronger des pommes et il est probable qu’à cette heure je serais sur le point de mourir d’inanition.
— Certainement dit la Pie Grièche, mais si, ensuite, je ne t’avais pas envoyé chez l’Homme pour l’effrayer et l’obliger à suivre la loi à laquelle il lui plaisait de nous soumettre, nous en serions encore à manger de l’herbe.
— C’est certain, dit le Loup.

.....


A compter de ce jour, comme autrefois, le Loup, le Renard, la Buse, l’Epervier et tous les autres, chassèrent pour manger. L’Homme, comme autrefois, abattit le bétail et la sauvagine pour manger, se vêtir ou se parer.

Et comme autrefois, à compter de ce jour, les affaires, sans aller mieux, allèrent certainement beaucoup moins mal.

P.-S.

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Simbèu

Bouvino e Lengo Nostro

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