1984 : Quand Madame Huguette Chamand nous parlait de Charloun RIEU

dimanche 25 octobre 2015, par Salva

Madame Huguette Chamand était l’épouse regrettée de André Chamand alias "Lébrau". (NdR)

Connaissez-vous Charloun RIEU, poète provençal ?
Il est né, a vécu et est mort au Paradou, ce charmant village provençal des Alpilles que vous découvrez après avoir traversé Fontvieille, juste avant de vous trouver à Maussane.
Charloun a vu le jour le premier novembre 1846 dans une modeste famille de paysans, aîné d’une famille de dix enfants dont cinq seulement survécurent.



Toute sa vie, Charloun fut fidèle à son terroir natal qu’il ne quitta qu’en de rares occasions : il fut mobilisé et passa un an en Algérie en 1870 et " monta " à Paris en 1911 pour représenter Mistral.

Charloun Rieu est le poète de la terre, des travaux des champs, de la vie quotidienne, la sienne, celle de son village ; il a chanté les humbles, hommes et femmes, qui malgré leur rude vie savaient ne pas prendre au tragique les incidents qui jalonnaient leur existence (" Moun oli, l’ai escampa ", en est une merveilleuse démonstration) et vivaient en symbiose totale avec la nature dont ils savaient tous les secrets.
Il fut aussi le chantre de l’amour car si Charloun est resté célibataire, il fut amoureux de nombreuses fois, mais ses espoirs ne se concrétisèrent jamais ; cela, il l’a chanté tantôt avec une ironie souriante, tantôt avec une émouvante mélancolie ; citons : Tre fumeto, l’Espagnolo, Margarido dou Desde, L’entreviguere si boutéu, Tristour.

Son oeuvre est aussi une chronique du temps passé, riche d’enseignements en de nombreux domaines : la nourriture frugale de cette époque, la façon dont on s’habillait, comment on s’amusait (Voir la " Mazurka de Sant-Andiou ").
Nous sommes aussi au courant des événements qui marquèrent la vie de son village (l’adduction d’eau au Paradou, la prime offerte à ceux qui n’arracheraient pas leurs oliviers) et surtout une série de chansons des métiers d’autrefois, décrits avec précision, minutie même ; je pense entre autres à : Lou Poudaire, li Traçaire de Font-Vièio, li Pastre de la Crau, l’Oulivarello, lou Pataire di Baus...

Tout cela est conté avec beaucoup d’humour, dans un style alerte, imagé ; chacun de ses poèmes est un tableau vivant qui ressuscite pour nous le passé avec spontanéité, fraîcheur et poésie.
N’est-ce-pas une preuve qu’en littérature, il n’y a pas de genre mineur quand le talent est là et qu’il est aussi enrichissant de découvrir Mireio, lou Pouemo dou Rose ou d’autres oeuvres de Mistral que celles laissées par Charloun Rieu :
- " Li Cant dou Terraire " (1897),
- " Li nouveti Cant dou Terraire ",
- " Li darrié Cant dou Ter-raire " (1900 et 1904).

Monument en l’honneur de Charloun Rieu au château des Baux-de-Provence

Mistral ne s’y était pas trompé qui écrivit, parlant de son ami Charloun : " C’est le seul paysan de France qui chante sa charrue et sait la chanter ".
De nos jours, hélas, les oeuvres de Charloun ne se trouvent plus.

Une autre originalité de Charloun est qu’il ne récitait pas ses poèmes, il les chantait ; en effet, il écrivait ses paroles sur des airs à succès de son époque et s’en allait chanter dans les fêtes de village, les mas, partout où on le réclamait.
Beaucoup de ces airs se sont perdus, des admirateurs de Charloun font de patientes recherches pour les retrouver, certains nous sont encore connus.

Voici quelques titres qui évoqueront des souvenirs aux personnes de troisième âge : Teresino (air : la Valse des ombres), la Primo dis oulivié (air : la Valse brune), Lou carretié de Sant-Rouman (air : Viens Poupoule). Au temps des Mazurkas, scottichs et valses, un air faisait les beaux jours des bals d’antan, un air qui serait oublié si Charloun ne l’avait utilisé pour sa... Mazuka souto li pin.

Il est à noter que ce n’est qu’après la mort de son père (1894) suivie de près par celle de sa mère (1896) que Charloun se fit connaître en tant que poète et qu’il publia le premier de ses recueils. C’est sur les conseils de Mistral qu’il abandonna la langue française pour la " lengo nostro " .
Charloun fut élu majoral du Félibrige en 1910.

Il y a à Saint-Martin-de-Crau un admirateur de Charloun Rieu, Monsieur Henri Canetto. Il sait admirablement parler de l’homme, du poète, chanter ses oeuvres, faire partager la passion qu’il a pour celui qui a si bien chanté ce coin de notre Provence.
Au Paradou, il y un alerte octagénaire, Monsieur Bellin son petit neveu ; il fut d’un précieux concours pour Monsieur Jean-Pierre Cornille quand il réalisa le diaporama fondu-enchaîné " Charloun des quatre saisons ", oeuvre en tout point remarquable.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur Charloun Rieu qui gagne à être connu et qui devient de plus en plus attachant au fur et à mesure qu’on le découvre.


Salva

Poésie

Mots-clés

Accueil du site