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Courses en Provence - 1932 (2/3)

samedi 30 décembre 2017, par Bernard, Salva

Un article signé JEAN CAMP paru en 1932 sur le journal "L’Illustration".

Cependant, au bord des fenêtres, au seuil des maisons, les jeunes mères se sont dressées.
Torse renversé, elles se cambrent, poussent des cris vers le monstre encordé et, de leurs bras élevés lui présentant leurs enfants au-dessus de leur tète, semblent demander au noble animal de conférer à leur progéniture le courage indomptable qu’elles sentent frémir en lui.

Dans cette surexcitation. la matinée s’écoule et l’heure de gagner les arènes de bois arrive vite.
Ils sont ravissants, ces cirques de campagne improvisés sur la place ou ceints de planches, à l’orée du pays !
Les premiers gardent plus de saveur dans leur hâtif aménagement : mûriers noueux, platanes feuillus leur font une frange de verdure claire ; une fontaine, parfois aussi vieille que celle de Vaucluse et cette font de Nîmes bénies des poètes, murmure sa chanson dans un coin.
Une ceinture de charrettes étagées de chaises les environnent et les enclosent et sur le corral aux palissades mal jointes flotte un drapeau rouge et jaune. La marmaille et les femmes envahissent de tous côtés les gradins improvisés ; les hommes, près des barricades, veulent humer de plus près le parfum tonifiant du combat.

Les bourgs s’enorgueillissent d’arènes permanentes, asile quotidien des joueurs de boules. Fontvieille en pays d’Arles assied ses spectateurs sur des tribunes de pierre, presque comme à Nîmes, dirait Tartarin. Au-dessus, les oliviers gris pâle se haussent aux pentes de la garrigue comme s’ils élevaient leurs têtes curieuses vers les jeux traditionnels, quelques cyprès dédaigneux groupent leurs fuseaux et, là-haut, à la cime des collinettes embaumées de romarin, le moulin de maître Cornille achève d’ébouler ses dernières pierres sous la fuite légère des lézards.

L’après-midi amène l’heure des prouesses.
Les raseteurs, souples jeunes gens aux pantalons blancs, chaussés d’espadrilles, vont tenter d’arracher les cocardes aux primes alléchantes placées entre les cornes des taureaux.
Parmi ceux-ci, il est des fauves redoutables, célèbres d’avoir livré cent combats sans céder leurs rubans, connaissant à fond les ruses de ce duel pour eux quasi hebdomadaire, durs à la fatigue, durs à la poursuite, plus dangereux qu’un taureau espagnol qui n’apparait dans l’arène que pour y mourir.

Leurs noms volent de bouche en bouche et sont répétés avec respect : le Dur, le Ramoneur, le Raiou ont leurs partisans, du Petit-Rhône au Vistre.
Le Bandot de la manade Durand est plus acclamé qu’un as du rugby ou du ballon rond.
Le Sanglier est la terreur des écumeurs d’arènes et peu se vantent de l’avoir decocardé.
Quant au fameux Provence, tué jadis dans un combat d’amour prés des étangs des Saintes-Maries, nul ne put s’enorgueillir jamais de lui avoir touché le front.

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