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Courses en Provence - 1932 (3/3)

lundi 1er janvier 2018, par Bernard, Salva

Un article signé JEAN CAMP paru en 1932 sur le journal "L’Illustration".


L’Attente au Trident est un des jeux les plus goûtés et l’on s’y sert de bouvillons au cœur bien accroché.
C’est un jeu mâle dont on devient de nos jours de plus en plus avare.

Deux hommes s’avancent vers la bête qu’ils appellent pour fixer son attention. Surprise par leur audace, la brute se rue vers eux qui l’attendent, inclinés, le fer en avant, et, tète basse, elle les charge avec une furie endiablée.
Le temps à peine de sentir un frisson qui court, d’entendre à travers l’arène, tout à coup silencieuse, les cris apeurés des femmes...
Les pointes ont frappé en plein mufle avec un bruit sourd accompagné d’un souffle farouche et, d’un coup adroit, l’animal est détourné.
Sous la poussée, les hampes, entre les mains solides, ont un peu fléchi et les deux hommes se sont légèrement redressés, mais, en garde aussitôt, ils ont arrété de nouveau la béte en fureur qui fonce encore et s’enfuit brusquement, le museau en sang.

Mais le raset est l’élément fondamental de la course provençale.
C’est une feinte exécutée en courant. Tandis que l’attention du taureau se trouve fixée ailleurs par l’appel d’un aide, le raseteur, s’élançant à toutes jambes, décrit une courbe en segment d’ellipse extérieure à la ligne du taureau, qu’elle vise à toucher, pour s’en éloigner aussitôt ; quelques mètres avant d’atteindre le point de tangence, il donne de la voix et, tandis que l’animal, en chargeant, vient à portée, l’homme engage vivement la main dans le berceau des cornes, tente d’accrocher la cocarde par un mouvement sec de bas en haut et se retire au plus vite, poursuivi vers la barricade, à moins qu’un autre raseteur ne détourne l’animal.

Le raset s’exécute par devant, de flanc ou par derrière, selon la position la plus opportune. Il est quelquefois le simple acte gratuit que glorifie un philosophe d’aujourd’hui.

En général, il a pour but d’arracher au taureau la cocarde multicolore bien nouée dans le poil crépu du frontal. Pour trancher d’un coup la ficelle qui la retient, le raseteur est armé d’un crochet ou petit râteau d’acier qui supplée, de ses dents courbes et coupantes, à la faiblesse des doigts.

Sans doute, la course espagnole a une autre ordonnance, garde une autre majesté tandis qu’elle déroule son fastueux paseo devant les gradins roux des arènes d’Arles ou de Nîmes.
Sans doute, Provençaux et Languedociens y goûtent-ils les émotions violentes auxquelles leurs jeux traditionnels ne font que les préparer. Mais dans ceux-ci la distinction entre acteurs et spectateurs est bien fragile.

Qui le veut bien peut sauter sur la piste et affronter les cornes d’un camarguais. Au demeurant, on lâche souvent des vaches emboulées, c’est-à-dire aux pointes garnies de caoutchouc, pour éviter des blessures sérieuses.
Alors, l’arène est envahie.
Le plus poltron se sent une âme de torero. On provoque "le fauve", on dessine des passes à l’aide d’un veston hardiment sacrifié, on s’enivre de sa propre audace jusqu’au moment où, trébuchant, on mesure à la fois le sol... et la vanité de son savoir-faire.
Alors, un rire éclate au long des barricades et fuse vers les garrigues pacifiques.

Conseils ironiques et brocards facétieux lapident le téméraire qui, le pantalon déchiré, les reins meurtris et l’amour-propre mal en point, jure de ne plus céder à sa folle manie iusqu’à ce qu’un autre radieux dimanche le ramène vers ces arènes où se concentrent l’enthousiasme et l’allégresse du pays provençal.

JEAN CAMP.

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