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Julot Lopez

mardi 29 avril 2008, par Salva

R E N C O N T R E

Quiles Lucien, Germain, c’est Julot Lopez Raseteur, charlot, footballeur, gardian, un véritable acteur, l’homme le plus éclectique que le monde taurin ait connu.

Trop petit par la taille, son courage fut démesuré, son enthousiasme débordant. Il voulait tout faire, il pouvait tout faire et le faire bien.
Comme un artiste, il avait le trac, peur de décevoir, mais il ne trichait pas.
Par Maurice Ranc

Il y a deux ans au cours de la fête du Cailar et selon une vieille coutume, il reprit avec René Marc et des amis son numéro comico-taurin face à une
jeune vache costaud et agressive.
Avançant vers elle à quatre pattes, ils butèrent tête contre tête et Julot fut proprement mis K.O. Il fallut un moment pour se rendre compte qu’il ne jouait pas la comédie, qu’il ne faisait pas un tour à sa manière, un de plus.

Il a toujours accroché le public, ses facéties, sa verve amusèrent et sa popularité fut et reste très grande.

Palme d’Or à Beaucaire, Zef A. Doulaud, 3e Lopez.

Ses origines
Ses parents, Espagnols, vinrent en France en 1917.
Julien Quiles est né au mas de Caphan entre Moules et St-Martin-de-Crau, commune d’Arles, en janvier 1924.
Il y restera 4 ans et la famille repartit en Espagne jusqu’en septembre 1937.
Il eut 3 frères et une sœur.
A Nîmes en 1939 il devint apprenti boucher et livreur.
Ce furent ses premiers pas dans le monde taurin. A l’abattoir il avait très peur des taureaux.

Le déclic
Un copain l’entraîna aux arènes, et il fit connaissance avec la piste.
Au premier taureau il était sur les gradins, au second dans les barrières.
La piste n’était plus loin, il y sauta.

Pendant l’entracte, deux charmantes filles attirèrent l’attention des jeunes gens qui ne s’aperçurent pas que le taureau sortait. Julot n’eut qu’une seule ressource, un foulard bleu à pois blancs avec lequel il essaya de détourner la bête qui l’avait en point de mire.
Une première passe, une deuxième, mais à la troisième il passe à l’infirmerie. C’est le déclic, il recommencera.

La saison suivante à Bernis, Montmirat, Le Canar, Vic-le-Fesq, il rasète des vaches cornes nues et des taureaux emboulés.
Avec un crochet à une dent, il ne fait que des coupes de cocarde, mais il travaille beaucoup et les organisateurs lui payent souvent l’attribut.

Julot Lopez mena de front le raset, le charlot et le football avec une vitalité exceptionnelle.
Il affronta tous les grands cocardiers de l’époque, le plus grand Gandar avec une et deux cornes, connut toutes les pistes, mais c’est avec la troupe El Gallito qu’il franchit de nombreuses frontières et que sa personnalité s’affirma le plus.

Le footballeur
Il joua au football, ailier gauche, à l’Olympique Bellegardais, au France Football Club Nîmois, à Nîmes Olympique de 1946 à 1949, à l’Olympique Aimarguois, à l’Olympique Saint-Laurentais, au Sporting Cailaren et à Vestric.

Les souvenirs
Il n’est alors pas question d’énumérer chronologiquement tous les événements qui ont jalonné la carrière de Julot Lopez mais d’évoquer ceux qui l’ont particulièrement marqué, ceux qui sont à l’image de son caractère, de son personnage, ceux qui ont fait partie de sa joie de vivre.
Les souvenirs se ramassent pêle-mêle, les bons, les mauvais, Julot en a plein.

Les déplacements c’était le vélo. A Combas, il ne rasetait pas en blanc, mais il fit des passes avec un imperméable.
Ce fut un énorme succès (un des premiers) et une quête demandée par le public lui rapporta 250 Francs. Il posa l’imperméable et l’argent sur le bras d’une charrette et repartit pour Nîmes.
Avant d’arriver à la Calmette il se rendit compte qu’il avait laissé cape et magot au village, et dut retourner à Combas récupérer son bien.

Pendant 4 ans, il participe aux courses dans les villages.
Il a alors 15 jours de congés. Il travaille le matin, et pendant un mois va courir l’après-midi. Dans un concours de cape à Nîmes avec Giniés le présentateur de la course, Seguin, a des difficultés pour prononcer son nom, il est alors appelé Lopez du nom de sa mère.

Julot Lopez venait de naître une seconde fois.

Il était encouragé, parrainé par Maurice Bastide.
En 1946, la royale de Jean Lafont est à l’origine de sa première course en blanc.
Elle était ainsi composée :
- Cabanon,
- Cyrien,
- Nocturne,
- St-Christolen,
- Cafetier,
- Pescalune.

Les raseteurs Hugues, La Grêle, Méry, Blanchet, Michel, Rey, demandèrent au petit : " qu’est-ce que tu viens faire ici ? Va te rhabiller. "
Ce qu’il s’apprêtait à faire, mais Bastide le fit retourner. Julot prit ce jour-là des risques énormes, enleva un gland à St-Christolen, la cocarde de Nocturne et fit faire des coups de barrière. Il avait alors un crochet à 3 dents.

Le charlot
En 1947, il rentre également dans la troupe El Gallito dans laquelle il reste 16 ans.
Il y avait le père Clavel, Clavelito, un des plus grands comiques, Nono, Ernest le nain, Don José qui y fit un bref passage, Momon, El Rubio et René Marc.
En matinée Julot rasète, le soir il est avec la troupe.

L’équipe nîmoise comprend à l’époque Labrado, Ginies, Bastide et Lopez. Les tourneurs sont Richard, Garonne, Hugues.

Il a fait son service militaire dans la Loire et s’est marié avec Ginette Brés du Cailar.
Frédéric leur fils est né le 18 décembre 1949.

Le raseteur
Lopez avait de l’estomac et il fallait un sacré culot pour s’attaquer, entre autres, à Gandar de Blatière.
Il le décocarda à st-Gilles en 1949 (il avait alors ses deux cornes) la cocarde étant à 88.000 F.
A Lunel, en 1950, Lopez fut ovationné. Son tourneur Daurat lui crie : " rentre dedans " ce qu’il fit.
En se retournant dans le couloir il vit arriver la cocarde.

Lors de la première sortie de Gandar à Châteaurenard, après l’accident, qui le vit perdre une corne, Lopez fit un raset au milieu de la piste, cela se termina par un grand coup de barrière.

Julot raseta la grande royale de Blatière, mais aussi Cosaque, Evêque, Régisseur tous les cocardiers de cette époque.

Au cours d’une charlotade à l’Isle-sur-Sorgues le bétail était fourni par le manadier Thibaud Denis. Au deuxième taureau le nain traverse la piste mais surpris se couche.
Le jeune taureau rattrape alors Julot et le déshabille, le pantalon, la chemise en lambeaux.

Devant le succès ainsi acquis par les Charlots, ceux-ci sont conviés à travailler en soirée ce même taureau. Il dévêtit à nouveau Julot et c’est ainsi qu’il sera baptisé Lopez.
Un cocardier magnifique, aux enfermées, aux fusées spectaculaires qui sera plusieurs fois décocardé par son parrain.
Parallèlement se poursuivent les activités de raseteur.
- 3° de la Palme d’Or gagnée par André Doulaud, le 2e étant Clément Héraud,
- 3° de la Cocarde d’Or.

Il se souvient de Vovo, il voit encore ses yeux, ils faisaient peur, mais il suivait aussi dans le couloir. Il calcula plus d’un mois pour savoir comment faire pour le passer sans qu’il saute. A Beauvoisin il lui prit sa cocarde et le passa 5 ou 6 fois.

Julot Lopez parcourut toute la France bien sûr, mais se retrouva à Liège, à Ostende, à Casablanca, à Tunis, à Barcelone.
A Ostende les raseteurs Lopez, Ruiz, Ramage, Maurice Bonnet, Piquet, Toto Betelli, Moran, Garrigue furent promenés en calèche, habillés comme les toreros de Carmen.
A Courtrai, à côté de Gand, pour une autre représentation 2 gendarmes belges déclarèrent dans les vestiaires et au nom du Procureur du Roi : " vous êtes en état d’arrestation ".
La société protectrice des animaux était passée par là, et après beaucoup de palabres les taureaux furent rasetés sans crochet.

En 1947, le manadier Jean Lafont demande à Julot d’aller raseter à Moussac. Il est reçu comme une star. Une jardinière tirée par un cheval l’attend à la gare de Nozières-Brignon. Il mange à midi dans une famille qui fêtait des fiançailles.
Beaucoup de fleurs, un repas monstrueux mais avant les courses, Julot avait l’habitude de ne rien manger.
Course de 3 taureaux dont Mitron et de 3 vaches dont la Gitane.
Un après-midi pour trembler.
La course terminée notre raseteur avait faim et ne put trouver un sandwich. Il dut rejoindre la gare distante de 4 km à pied. Il manqua le train, dut coucher dans la salle d’attente pour attendre le train suivant le lendemain matin à 8 heures.
Ce jour-là, Jean Lafont à la Bourse de Nîmes lui dit : " tu aurais dû venir à Paluds-de-Noves, Pescalune a rentré sa cocarde à 50 000 F. "
A Paluds-de-Noves où il se rend une autre fois avec le vélo de sa sœur.
Il met celui-ci sur le car, descend à Graveson, va à Paluds en pédalant, rasète la deuxième course de Blatière, retourne sur le char jusqu’à St-Gilles et pédale encore pour rallier Nîmes en chantant.

A Casablanca, la troupe est logée non loin des Halles où il y a eu un attentat.
La chaleur est torride et à minuit grande panique, un coup de canon. Beaucoup de peur, de tremblote pour apprendre que ce coup de canon avait été tiré pour annoncer la fin du ramadan.

A Liège, 6 représentations au Palais des Sports, entre Noël et le Jour de l’An.
La salle est chauffée, il neige dehors.
Des raseteurs, des caballeros, une capéa et les charlots sont au programme. Les taureaux sont de Fanfonne Guillierme.
Beaucoup de sérieux mais aussi de succès.

A la fin du dernier spectacle, un monsieur et deux enfants rentrent dans les vestiaires. C’est le Prince de Liège, ses enfants voulant voir les clowns, avoir des autographes et les féliciter.
Le lendemain il fallait se remettre au béton avec le beau-père.
Quel contraste !

En 1947 c’est un mois à Tunis avec les raseteurs Rey, Granito, Calais en caballero et la troupe El Gallito.
C’est une tournée avec la manade Raynaud d’où sortiront Colonial et Tunisien. Le char avait un double fond, et du café, mais surtout des pâtes et des boîtes de sardines y furent stockés pour être revendus en France. Mais on dut vite déchanter, car le prix pratiqué ici étant meilleur, tous ces articles durent être revendus au rabais.

Au cours d’une compétition dans les arènes de Nîmes face aux charlots espagnols " Le Carrousel " les français obtinrent un triomphe.
Le bétail et surtout les deux bêtes travaillées par les charlots Français étaient énormes. Ce fut un succès populaire immense.

L’apoderado espagnol, à l’issue de ce spectacle, essaya d’engager Julot pour l’année suivante en Espagne et en Amérique du Sud.

Dans tous ces numéros, le charlot faisait des exercices de routine, mais selon le caractère de la bête, improvisait.
Courir sur le marchepied à la vitesse où il le faisait permit à Julot de soulever l’hilarité, et d’obtenir de grands succès.

Si être Charlot fut la première activité de Julot Lopez, celle qui lui permit d’obtenir des triomphes et de mettre en valeur sa personnalité. Le raseteur fut la deuxième avec ses joies et ses blessures.

Le gardian
A partir de 1957 à 1984 ce fut sa troisième vocation, gardian.

Alors qu’à la manade Jean Lafont, Marcel Toureau était mort, rentrait Loulou Toureau.
Le manadier fit appel à Julot alors que Marcel Langlade arrivait à son tour.
II y eut ensuite Max Vigouroux, puis André Blatière et enfin Jean-
Pierre Durieux.

Une grande équipe, une équipe d’amis au service d’une manade. Julot Lopez conserve un très grand souvenir de cette époque pour le climat, la camaraderie qui régnait entre gardians, et pour la connaissance, l’amour du taureau que cela a développé chez lui.

L’acteur
Il a doublé Maurice Baquet dans le film " Voyage en ballon ".
Il a doublé Casan dans " Arènes sanglantes ".
Il a participé aux " Coulisses de l’Exploit " en 1968.
Il a tourné avec Max Sautet, et donné la réplique à Mourousi dans " Feux croisés ".

Le retraité
Julot Lopez est en retraite au hameau de Gaujac, non loin du Vigan, dans les Cévennes.
Il revient toutes les semaines au Cailar.
Il peut savourer un peu de tranquillité, de calme après une vie très bien remplie, très bruyante, très active.

Il ne regrette rien, il a été heureux parce qu’il a fait ce qu’il voulait et aimait.

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