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Une grande course à Cabannes

jeudi 26 avril 2012, par Bernard

De Mario, pour "Le Toril" N° 457 du 08 juin 1935

Composition :
- Dur et Vivarès du Marquis ;
- Greffat et Vallabreguant de Reynaud,
- Lieutenant de Robert triomphent,
succès des raseteurs Arlésiens.

Une grande course à Cabannes

Les petites arènes du Château, à Cabannes, étaient trop petites dimanche dernier pour contenir la foule des aficionados.
Ah ! On viendra me raconter que l’aficion est morte, que la crise sévit, etc !!! évidemment que le public n’est pas aussi poire qu’avant ; il veut voir des courses, mais des courses sérieuses avec le maximum de garantie.
Donner bon, c’est le seul moyen d’attirer la foule.

Le club taurin de Cabannes ne dispose pas des moyens des grandes arènes. Il n’en a pas les dimensions et surtout les ressources.
Et pourtant quelle journée !
Il y avait pourtant 9 taureaux et pas des enfants. Il y en eut d’excellents et d’autres mauvais. A aucun moment on ne languit.
Grâce à une présidence compétente, comme rarement on en voit, les primes furent distribuées avec largesse et bon escient ; à un moment donné même, au Dragon, ce cocardier ne rendant pas à la tête, on changea pour ainsi dire de suerte pour passer au garrot. Ces détails là, montrent que la course était dans d’excellentes mains. Autre chose, le total des primes sur les têtes des taureaux, étaient de 2.250 francs, avant la course ; il était de 4.195 francs après la course.
Messieurs de Nimes ! Prenez de la graine !
Les razeteurs travaillèrent tous sans se faire prier, pas un ne s’en alla mécontent et malgré tous ces suppléments de frais les organisateurs m’ont assuré qu’ils n’en étaient pas de leur poche.

Voilà de la bonne et saine propagande pour la tauromachie. Elle contraste avec la rapacité de nos empresas. C’est pourquoi je félicite le club taurin de Cabannes ; son aficion méritait d’âtre signalée.

Nous en venons maintenant à la course et allons la raconter suivant son ordre de sortie :
Le Dur du Marquis, toujours lui, sortit le premier. Une vingtaine d’hommes sont en piste, les meilleurs. De suite en action, le plus régulier de tous les cocardiers actuels commença par faire lui-même la sélection de ses adversaires. Pour cela quelques coups de barrière suffirent ; les razets serrés de Hugues, Boncoeur et Merlusse, trois hommes au cœur bien accroché, créèrent de suite cette ambiance d’émotion propre à notre spectacle. Margaillan coupe, Rey lève la cocarde. Les glands sont sur-primés et le vétéran Richard, très adroitement, s’approprie un gland, tandis que Hugues rentrant terriblement, prend le deuxième gland. Le cocardier n’a pas commis une seule faute. Les honneurs de Carmen lui sont décernés avec juste raison, tandis que l’ovation crépite sur les étagères.

Le Dragon de Robert, un vieux de la vieille, hélas trop vieux tout à un temps, vint mollement sur les razets qui lui furent fait ; le contraste avec le précédent était frappant, Margaillan coupa la cocarde et Boncoeur, dans un razet très serré, prend un gland. L’Arlésien mit le public en ébullition pendant cette course, consentant à fond le cocardier qu’il allait chercher dans les terrains impossibles. Une prime au garrot très justement octroyée ne fut pas enlevée.

Le Greffat de Raynaud  ; encore un qui connait les plans et les arènes. Le cocardier de Raynaud nous surpris par sa fougue et sa rapidité au combat. Son coup de revers terrible et dangereux pour les meilleurs est un handicap pour l’homme qui dans sa course perd facilement la tête du taureau. Greffat se livra, vint très fort, se retournant presque comme en son meilleurs temps sur la reprise, enfermant son homme, se payant même le luxe de quelques très jolis coups, qui lui valurent de justes applaudissements. Toujours très adroitement en vieux routier, Richard de Nimes, passa à la traverse et réussit a couper la cocarde et à enlever un gland dans le même coup de crochet. Ce fut tout et Greffat rentra aux accents de Carmen.

Le Gendarme de Baroncelli ; les razeteurs sans malice, nous croient pris d’une certaine partialité envers le Gendarme. Nous avons défendu ce taureau parce que, presque toujours, les hommes n’ont jamais rien fait pour lui. Mais aujourd’hui, vraiment, ce cocardier fut mou, distrait, sans allant et je ne crois pas qu’il y ait un point d’orgueil à l’avoir déshabillé. Boncoeur pris la cocarde et les glands, tandis que Cartier prenait superbement le garrot.

Lieutenant de Robert, lui c’est la bravoure incarnée qui est en piste, ne refusant aucun cite, buvant le razet de l’homme ; très vite, le cocardier de Robert fait vraiment plaisir, sa course plaisante à suivre émerveille les plus difficiles. Sa facilité remarquable à se dédoubler l’oblige à faire des gros efforts. Les hommes de métier connaissent cette bravoure légendaire, qui leur permet de crocheter avec sureté. Aussi le nombre de rasets fut-il incalculable et le brave cocardier finit par sortir la langue, restant un moment désarçonné. Boncoeur prend la cocarde et un gland. Margaillan l’autre gland. Une prime à la ficelle donne lieu à contestation, le cas étant peu banal. Blanchard met la corne à nu, mais la ficelle reste sur l’oreille : il s’en suit une belle lutte et la ficelle tombe sur un razet de Hugues. A mon humble avis, la prime revenait à Blanchet. Carmen pour le taureau, qui est applaudi par tous.

Le Janot de Raynaud, s’il est un cocardier sur lequel nous comptions, c’est bien lui. Effrayé sans doute peut-être par la piste ou par les barrières a claire voie, le taureau de Raynaud sauta à plusieurs reprises, refusant la lutte. Sa course étonna tous les aficionados habitués à le voir régulier et brillant. Boncoeur coupa et Margaillan leva la cocarde.

Le Vivarès du Simbeù, il débute faisant semblant d’être perdu et se livrant à fond. En moins d’un, Merlusse prend la cocarde et un gland, Boncoeur l’autre gland. Le cocardier a passé inaperçu. Mais sa course commence avec les primes à la ficelle. Rey à plusieurs reprises passe à blanc pour les droitiers plaçant de main de maître le cocardier. Chaque fois, Blanchet reprend et finit par s’attribuer la première corne nue. La seconde ficelle monte à 250 francs ; le taureau et alors lui-même, se retournant comme un chat, bondissant et terminant très fort au bois. Cette prime rentre ; la musique joue Carmen, cette fin de course le vaut bien.

Le Grelot de Robert, grand, vieux, lourd, fini. Il me fait peine d’avoir à critiquer par force un bon cocardier, mais on ne saurait effacer des ans…l’irréparable outrage. Grelot ne vint que rarement et sans force sur l’homme, donnant bien l’impression d’avoir terminé sa carrière de cocardier. Robert a bien d’autres taureaux, il ne lui est pas obligé de sortir encore deux ruines comme Le Dragon et Le Grelot. Boncoeur coupe et lève la cocarde. Merlusse et Margaillan prennent les glands.
Il aurait été pénible pour tout le monde de terminer cette course sur cette mauvaise impression.
Le Vallabrégant de Raynaud, se chargeant de nous l’effacer. De suite en action, ce brave cocardier vint comme un bolide sur tout les rasets, faisant un peu le genre de course du Lieutenant, mais avec plus de force, sans sortir la langue. Là Rey voulut bien nous faire quatre ou cinq rasets qui furent des modèles du genre. Cartier coupe et Margaillan lève la cocarde, les glands sont pour Boncoeur et Merlusse. La ficelle est primée jusqu’à 350 francs. Les raseteurs en veulent tous, Vallabrégant répond à tous, se défend comme un diable, tourne, fonce, disperse ses adversaires et finit par avoir le dessus. L’air du toréador résonne une dernière fois, l’ovation est très grande. C’en est en fait, nous venons de vivre une très belle journée taurine.

Nous le devons aux organisateurs, nous l’avons déjà dit, aux taureaux, nous venons de le montrer, mais aussi aux hommes.
Boncoeur fut le roi de la journée, sans cesse sur la brèche, razetant tous les taureaux, allant les chercher dans les terrains impossibles, soulevant l’émotion d’un bout à l’autre de cette belle course.
Je signale le réveil très net de Cartier et surtout Margaillan. Le trio Arlésien a vraiment très belle allure. Merlusse fut après eux le plus travailleur. Hugues moins brillant que de coutume, manqua cependant d’un peu de chance pour lui donner sa flamme habituelle. Blanchet, Placide, Richard furent sur la brèche toute la course, Paulet fut peu heureux surtout au Greffat et se découragea. Granito fût tôt liquidé. Denfert, blessé à la main, fut peu utile Rey s’avéra tourneur de classe, mais je crois qu’il vaut mieux que cela. Il est vrai que vivre aux dépends des autres ne dure pas toujours.

Pour mémoire, je signale que jeudi de l’Ascension eut lieu une course d’Aubert à Fourques, les taureaux furent tous fuyards.
Les glands mal placés au premier taureau, provoquèrent la grève des razeteurs ; c’est très bien ainsi.
A signaler également, que la troupe comique Los Calderonès parcourt notre Midi comme El Empastre. Les aficionados savent à quoi s’en tenir ; ils n’ont qu’a faire comme moi, rester chez eux.

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