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Virée aux Saintes 1931

jeudi 9 mars 2017, par Bernard

Article non signé extrait du Toril N°330 du 05 Septembre 1931

"Comme toutes les années, je n’ai pu résister à la tentation d’aller passer quelques belles journées en terre Camarguaise, à tel point que j’ai manqué les courses du Clairon à Châteaurenard.
Dans le petit village des Saintes, patrimoine de la mystique du marquis de Baroncelli, pays de la « bouvino », le progrès a pris le pas sur la tradition.
A la suite de l’accident survenu aux nouvelles arènes, le charme a été rompu. "

Aucun biou n’a encore foulé le sol de cette trop grandiose plaza qui a chassé à jamais le pittoresque plan de charrettes et de travettes de la place de l’église ( actuellement goudronnée) .
Le toril a été démoli, et le souvenir des courses traditionnelles ne se perpétuera que sur les cartes postales que l’on trouve partout dans les Saintes.

Donc pour une fois, le progrès s’est implanté, mais n’a pu détrôner pour cette année les vieilles coutumes. L’achèvement des arènes se poursuit, le balcon-promenoir a été supprimé, et le garde-fou s’élève a l’aplomb des piliers de soutènement, on aurait du commencer par là et le discrédit n’aurait pas été jeté sur cette nouvelle construction. En fait d’inauguration, et dans la piste seulement, il ne sortit des cases du toril que….la Carmencita !
Mireille eût été plus à sa place pour cette première représentation.

La nouvelle résidence du Marquis est en voie d’achèvement. Les cabanes du gardianoun et du gardian sont achevées et attendent leurs hôtes. Quant à l’habitation du Marquis, copie de celle de l’Amarée, avec plus d’espace et un bureau en plus, elle monte de jour en jour, le mas sera plus près des Saintes mais le « pélot » n’aura plus ses bêtes dans ses terres. Seules, ses rosses peuvent y vivre. Les taureaux resteront dans Ma Valette et au clos de la Barque ainsi qu’au Mas d’Icard.

J’ai causé longuement avec le Marquis, et cette nouvelle situation l’a bien déprimé, de l’avis de lui-même et de son gardian, la manade est trop grande pour les herbages qu’il a.
De plus, par vent du sud, le clos de la barque étant noyé par le Rhône, où se tiendront les taureaux ?

Par atavisme, le Marquis se cramponne à cette terre Santenco qu’il aime tant, surtout celle de l’Amarée, où il a vécu de longues années, et je comprends très bien l’émotion qui l’étreint lorsque il revit tous ces doux souvenirs. Si ce n’était tout cela, et surtout la question des herbages difficiles à trouver ou à conserver, j’aurais trouvé normal que le marquis quittât ces terres sacrées.
La mer ronge les Saintes de jour en jour. Malgré les dépenses énormes que l’on fait pour lutter contre elle. Leur sort ne dépend que du temps. Sinon, verrons-nous peut-être un jour aménager le Petit Rhône pour en augmenter son débit et obtenir ainsi un colmatage naturel du rivage saintois.

Le progrès, avec ses améliorations foncières, contribuera à chasser de cette Camargue tant chantée par les poètes tout ce qui en fait la beauté. Et tout cela pour en arriver à conclure qu’il y a surproduction de tout ce que produit le sol.
Est-ce là ce qu’on appelle la civilisation ?

Qu’on laisse donc vivre en paix toutes les races d’animaux qui peuplent ce site merveilleux et ce sera meilleure preuve du progrès digne d’une civilisation cultivée, respectant les coutumes millénaires que rien ne saurait nous enlever.

P.-S.

1/ les arènes ont étés d’abord place du grenier à sel, puis au nord de l’église en 1889, et a son emplacement actuel depuis le 19 juillet 1931

1 Message

  • Virée aux Saintes Le 9 mars 2017 à 17:31 , par Liberté

    Bravo Bernard,
    tu nous fais partager ton érudition et nous en sommes très heureux.

    Cet article d’un inconnu du journal "le toril" nous apprend pas mal de choses au sujet d’une interview consacrée au Marquis de Barroncelli.

    Il est écrit, concernant le débit déjà insuffisant du petit Rhône en 1931, que ce phénomène avait pour effet de ne plus consolider suffisamment le cordon littoral à cause d’une réduction de ses alluvions.
    Il est curieux que la Région PACA ne se soit pas encore penchée sur la question ?

    Ce petit frère du grand Rhône s’essouffle au niveau du Reculat au droit de Port Draumar en une boucle en "S" qui le projette vers le Nord .
    Cette anse naturelle entrave forcément son débit et participe à la montée des eaux en cas de crues des deux Rhônes.

    On aimerait bien avoir l’avis d’un spécialiste là dessus.

    Allez Bernard, tu vas nous en trouver un ?

    Liberté

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