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Faune camarguaise :
Le porc-épic et le hérisson (1/2)

jeudi 2 avril 2020, par Charles Galtier

Un article de 1979

On est naturellement porté à rapprocher le hérisson et le porc-épic, tous deux porteurs de piquants.

Leur nom est donné, au figuré, aux personnes revêches et d’abord difficile qui sont qualifiées aussi bien de hérissons que de porcs-épics.

En fait les deux animaux appartiennent à des ordres différents : le porc-épic est classé, par les naturalistes, dans l’ordre des rongeurs, le hérisson dans celui des insectivores.

Le porc-épic commun (Hystrix cristata), nommé en provençal porc-espic ou porc espin, qui se rencontre sous nos climats, peut atteindre 60 cm de longueur et peser 15 kilogrammes.
Son dos est garni de longs piquants noirs et blancs, dont certains mesurent 30 cm.
Ils sont creux et ouverts à leur extrémité.
Sa tête et sa nuque sont dotées de longues soies, érectiles comme le sont les piquants.
Passant le jour dans un terrier, le porc-épic en sort, la nuit venue, pour se nourrir, principalement de végétaux.

Porc-épic à crête (Hystrix cristata)

Le hérisson (Erinaceus europeus), nommé en provençal eiris, eirisooun, ou erissoun, mesure environ 30 cm.
Il a le dos et les flancs ainsi que le haut de la tête couverts de piquants également érectiles, caractéristique qui a fourni le verbe hérisser et ses dérivés.

De mœurs nocturnes, comme le porc-épic et soumis au régime de l’hibernation, il se nourrit, pendant sa vie active, d’insectes, de vers, de mollusques, de reptiles et de menus rongeurs.
Naturellement immunisé contre le venin des serpents, il détruit les vipères et, à tous ces titres, constitue un précieux auxiliaire des agriculteurs.

Hérisson commun (Erinaceus europaeus)

DE CURIEUX MOYENS DE DÉFENSE.

La chair du porc-épic et celle du hérisson sont réputées excellentes.
La rareté actuelle du porc-épic serait due à leur décimation pour des fins gastronomiques.
Toutefois, un tabou alimentaire protège le hérisson et seuls les bohémiens qui en sont friands le pourchassent pour s’en nourrir.

Le hérisson figure, dans les lois de Pureté (Lévitique XI-7), parmi les animaux impurs dont la consommation est interdite, du moins dans le texte de la Vulgate [1]et par suite d’une erreur de traduction.
La version revue par J.F Ostervald (1860) substitue le lapin au hérisson et la récente édition de la Bible propose au lieu et place du lapin et du hérisson, avec plus d’exactitude, le daman des rochers [2] : "Le daman qui rumine mais n’a pas la corne du pied fendue".
Bien que le daman ne soit pas, au sens strict actuel, un ruminant mais qui, comme nous l’avons vu à propos du lièvre, doit ingérer à deux reprises ses aliments.

Mais l’interdit de la Vulgate a sans doute contribué à affermir l’interdit frappant la consommation de la chair du hérisson.
Les chiens et les renards sont friands comme les bohémiens de sa chair.
Le hérisson n’en est pas moins pourchassé et il doit se défendre. Pour cela, il se met en boule et hérisse ses piquants.
Pour contraindre un hérisson qui s’est mis en boule à son approche et lui livrer une prise : son museau ou son ventre dépourvus de piquants, on dit que le renard le fait rouler dans l’eau d’un ruisseau ou d’une mare,où pour ne point se noyer, le hérisson se détend aussitôt.

On dit aussi que le renard et le chien usent d’un autre stratagème : ils urinent sur le hérisson pour le contraindre à ouvrir son corps.

Le plus souvent, si l’on en croit les auteurs grecs et latins, c’est le hérisson lui-même qui se souille de sa propre urine lorsqu’il se voit sur le point d’être pris par un chasseur.

On chassait en effet le hérisson, non pour sa chair, mais pour sa peau, munie de piquants dont on se servait pour carder la laine. Mais cette peau était fortement gâtée et les piquants devenaient fragiles si l’animal avant de mourir, s’était aspergé de son urine, nocive et corrosive.
Et c’est pourquoi les chasseurs, avant de s’emparer de l’animal attendaient qu’il ait vidé sa vessie.

C’est pourquoi aussi le hérisson, sachant pourquoi il était poursuivi, corrompait volontairement, réduit au désespoir, à la dernière minute, sa peau de son urine.

Le porc-épic, quant à lui, pour se défendre, pouvait, assurait-on, en tendant sa peau, projeter ses piquants à distance comme des javelots et percer ainsi la gueule des chiens ou des autres prédateurs qui l’attaquaient.

Cette croyance repose sur le fait que les piquants du porc-épic se détachent très facilement de la peau.

Suite....

Notes

[1] La Vulgate est une version latine de la Bible, traduite à la fin du IV e siècle

[2] Le Daman des rochers est une espèce de mammifère. Superficiellement, il ressemble à une marmotte ou un gros cochon d’Inde avec ses oreilles et sa queue courtes. Vit en Afrique et Moyen-Orient.

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