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La plaine de La Crau

vendredi 7 novembre 2014, par Serge COLOMBAUD

Dans le cadre de la rubrique "Terra Nòstra" Serge Colombaud a interrogé Etienne Becker, responsable de la communication pour le CEEP (Conservatoire Etudes des Ecosystèmes de Provence) à propos de cette partie de la Camargue. lors de l’été 2000. (NdlR)

UN PLAT PAYS, COUVERT DE CAILLOUX

La Camargue a cette particularité d’être entourée d’une grande variété de milieux.
Elle même, dotée de bien des richesses, bénéficie d’une sorte d’auréole écologique qui souligne plus encore l’intérêt que l’on peut avoir à vivre ou à voyager dans nos régions.

En descendant du nord, on termine par les Garrigues, puis par les Costières qui culminent au-dessus des étangs. De l’ouest, on traverse la Vistrenque et ses ruisseaux, abrités par de précieuses ripisylves. Au sud, la Méditerranée berce toute l’île de flots venus d’ailleurs. Et par l’est enfin, on peut être surpris en arrivant dans ces champs de cailloux, où la vue se perd en sautant de galet en galet : on se retrouve en CRAU.

Etienne Becker, responsable de la communication pour le CEEP (Conservatoire Etudes des Ecosystèmes de Provence), nous explique la spécificité, et la nécessité de sauvegarder cet étonnant milieu.

Tèrra Nòstra : pouvez-vous nous décrire la Crau ?
Etienne Becker : c’est une plaine alluviale.
Cela signifie que le sol est constitué d’éléments qui ont été amenés par un cours d’eau.
Ici, c’est la Durance qui coulait avant de se jeter dans la Méditerranée. Au fil des siècles, le fleuve, devenu rivière, a changé de lit, et cette plaine est en fait l’empreinte de son ancien delta. La Crau se présente comme une steppe semi-désertique couverte de galets ovales, que la Durance a roulés depuis les Alpes notamment. Ce type de milieu est unique en Europe, et tout particulièrement en ce qui concerne la " Crau sèche " que l’on s’active à protéger.

T.N. : des traces de bâtisses romaines seraient présentes sur le territoire, de quels " monuments " s’agit-il ?
E.B. : il n’y a pas d’amphithéâtre, ni d’aqueduc... mais plutôt des vestiges de bergeries que les romains avaient construites là, il y a 2000 ans.
Ces vastes bâtiments portaient une toiture en sagne (roseau) récoltée dans les marais plus au sud. Les Romains élevaient des moutons autour de ces constructions, comme on peut en voir quelques unes similaires, bien que contemporaines, en Camargue. Le pâturage d’ovins en Crau, date donc d’au moins vingt siècles, et a déterminé le paysage, avec des animaux et des végétaux caractéristiques qui s’y sont adaptés.

T.N. : justement, quelles sont ces espèces si particulières ?
E.B. : On a surtout à faire à des espèces protégées car elles sont pour la plupart inféodées aux steppes caillouteuses.
Je pense par exemple au Criquet rhodanien, facile à identifier avec son corps massif. Il y a bien sûr plus spectaculaire, notamment en ce qui concerne l’avifaune.

En effet, la Crau est le seul habitat français du Ganga cata, avec environ cent cinquante couples installés.

On peut aussi observer l’Outarde canepetière, dont on suit très attentivement les populations ; nous menons à cet effet un programme de baguage.
L’Oedicnème criard fait aussi partie des oiseaux qui apprécient la plaine caillouteuse.

Quant au Faucon crécerellette, on peut être satisfait de recenser aujourd’hui soixante couples, alors qu’il n’y en avait plus que trois, il y a vingt ans.
Cette évolution est due à une réduction de l’utilisation d’insecticides dans l’agriculture, ce petit faucon étant insectivore... c’est encourageant.

T.N.  : et au niveau de la flore ?
E.B. : il existe en Crau une plante endémique, puisque la seule station connue jusqu’à présent, est une mare temporaire qui bénéficie de la part du CEEP d’une attention toute particulière : il s’agit du Teucrium de Crau.

Mais il y aussi bien sûr chez nous, ces fameuses zones herbacées, en Crau humide, où l’on récolte le foin apprécié dans les manades.

T.N.  : parlez-nous de votre action au sein du CEEP.
E.B. : le CEEP gère environ 1000 hectares, dont 500 qu’il a acquis.
Son objectif est de mettre en oeuvre une dynamique de protection, par la maîtrise foncière, et par l’application d’outils réglementaires. Une réserve naturelle volontaire, sur le site de " Peau de Meau " a été créée pour sauvegarder un espace de Crau sèche. Surveillance, accueil de groupes, communication, font partie de mes missions.

T.N.  : comment peut-on en savoir plus sur ce milieu, auquel vous consacrez votre travail ?
E.B. : La plupart de actions pédagogiques sont menées à partir de l’Ecomusée, installé avec le concours de la Municipalité, qui se trouve à Saint-Martin de Crau, pas très loin des arènes....
Le public peut y découvrir une exposition permanente qui présente la steppe, ainsi qu’une muséographie sur les vieux métiers provençaux (comme le baraié, qui rappellera des souvenirs à certains ...).
Nous recevons aussi régulièrement des artistes qui exposent leurs créations. Il est possible d’aller en visite sur le site de Peau de Meau, pour cela il faut réserver en nous téléphonant à l’Ecomusée au 04 90 47 02 01.

Il ne faut pas trop craindre le mistral, pas trop redouter la chaleur torride, mais observer la Crau, c’est un peu s’interroger sur l’évolution de notre environnement.
C’est essayer de comprendre comment des galets alpins de plusieurs kilos ont pu arriver là, pourquoi le Ganga a cette forme et ces couleurs. On peut aussi se questionner sur l’origine de ces tas de pierres amoncelées en chapiteaux, qui servent aujourd’hui pour la nidification des oiseaux.
Non, la Crau n’est pas aussi plate qu’elle en a l’air. En cherchant un peu, on peut y découvrir des sommets ou des tréfonds qui nous racontent un bout d’histoire.

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