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Lettre de 1874 adressée au ministre de l’intérieur par les taureaux de Camargue... (1)

vendredi 7 octobre 2011, par Simbèu

Venant de relire ce texte de Frédéric MISTRAL (dans l’Armana prouvençau) signé de son pseudonyme, "Lou Cascarelet", je n’ai pu me retenir de vous faire partager la saveur de son contenu toujours d’actualité.

Pour que tous y accèdent, je le "publie" en français.

Il a pour titre : "REMONTRANCE DES BIÒU DE LA CAMARGUE".


Excellence,

Par une circulaire en date du 4 septembre 1873, vous avez interdit les courses et combats de biòu, sous prétexte que ce spectacle brutal habituait les Provençaux à la vue du sang et le peuple du Midi, à la chair.
C’est toujours la même histoire : les Provençaux sont violents, sont enragés, sont sauvages. Ne semble-t-il pas en vous écoutant, qu’ils ont tué père et mère... et que les Parisiens sont des exemples de vertu ?
Comme cet arrêté nous préoccupe gravement, et comme il est évident Monsieur le Ministre, que des maniaques et des flagorneurs nous ont accablés à vos yeux et nous ont accusés de crimes diaboliques, nous venons avec respect mais néanmoins avec force - comme il convient à des taureaux noirs - protester contre votre discours.
Car nous sommes les tau de la Camargue, ces fameux taureaux marins, ces célèbres biòu noirs, que nul homme coiffé d’un chapeau n’a domptés, qui parcourons les marais depuis que le monde est monde, et qui broutions sur les dunes de la mer avant que Saint-Lazare et les Saintes Maries n’eussent débarqué sur les côtes de Provence.
On nous accuse de barbarie, de brutalité, de méchanceté. Demandez donc à nos gardians, si jamais nous encornons les gens qui ne nous font rien ; demandez aux Mireille de la Camargue ou de la Crau, s’il ne nous arrive pas de manger dans leur main un morceau de pain béni ou la fleur de séneçon ; renseignez-vous auprès des petits chevaux qui paissent avec nous dans les plaines salées, si jamais nous leur avons cherché des noises et si leurs poulains blancs ne jouent pas tranquillement avec nos veaux noirs !
Un par-ci, un par-là, éparpillé dans les terres sauvages, broutant lentement les pointes de salicornes grasses, en tournant les cornes au courant d’air quand le mistral souffle, ou bien vautré sous un tamaris, nous nous contentons, Monsieur, de regarder passer le Rhône, en poussant de temps en temps quelques cris mélancoliques.
Seulement, avec le temps, cette vie misérable désespère... Mais quand il voyait l’ennui nous faire bailler, une fois l’été venu, le gardian à cheval rassemblait le troupeau et nous disait :

"Mes taureaux, si nous allions faire une course, là-haut en Provence ? Un brin de pèlerinage vous dégourdira."

Ceci dit, les plus forts, les plus vaillants se présentaient ; nous menions avec nous quelques jolies vachettes, et, le dompteur en tête, nous passions le Rhône à gué, joyeux comme des poissons dans l’eau. Au galop dans la nuit, tel un troupeau de diables, nous faisions voler la poussière des chemins. Nous venions à Tarascon, à Beaucaire, à Barbentane, à Bouillargues, Aimargues, Estézargues, Marsillargues... Partout où nous allions, c’était la fête : les biòu ! les biòu ! les biòu ! et tous, pauvres ou riches, hommes ou femmes, accouraient à notre rencontre en signe de bienvenue.

A suivre...

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