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’’Croiser’’, pourquoi ?

lundi 27 février 2012, par Salva

Voici ce qu’en pensait Pierre DUPUY vers 1992, sur un ouvrage du P.R.N.C :

"Ce que l’on appelle en France et plus particulièrement dans le Delta du Rhône (Crau, îIe de Camargue, et Petite Camargue), taureaux français de race ou caste espagnole proviennent de deux processus de production :
Le croisement entre races camarguaise et espagnole ou l’achat direct en Espagne ou Portugal de reproducteurs (mâles et femelles) de Pure Race Espagnole.

L’initiateur du croisement est Joseph Yonnet. En 1869, il achète, en Navarre, les six premières vaches espagnoles, suivies deux ans plus tard de dix huit autres, toujours issues du même sang navarrais. Il s’adressa ensuite à d’autres éleveurs, castillans et andalous, si bien que le troupeau de Yonnet comprendra des reproducteurs, mâles et femelles, provenant de toutes les "castes" d’outre- monts : jijona, cabrera, gallardo, visthahermosa, vazqueña et, bien entendu, navarra.
Les excellents résultats obtenus d’abord par Yonnet firent que tous ses collègues l’imitèrent en lui achetant des produits ou en s’adressant directement en Espagne par l’intermédiaire des organisateurs de corridas.

En effet, les premiers croisements entre bétails camarguais et espagnols eurent des conséquences heureuses à plusieurs égards. Les produits obtenus par croisement entre deux races "fixées" donnent généralement d’excellents résultats. La règle joua d’abord pour la course hispano-française en provoquant l’apparition d’un taureau approchant l’espagnol par son aspect physique et ses réactions face au leurre ; sans atteindre à la "noblesse" courante outre-Pyrénées, on pouvait se permettre d’imiter les matadors espagnols pour un public encore peu au fait des subtilités du toreo.
Curieusement, les résultats ne furent pas moindres pour la course libre.
Ce type de spectacle végétait avec des bêtes sans véritable "bravoure" (sauvagerie) et des hommes qui ne pouvaient s’extérioriser devant elles. Il manquait à la course libre le spectaculaire qui draine les foules ; c’était le règne de la monotonie.

Le croisement donna d’abord de la corpulence aux produits et ce n’était pas négligeable lorsqu’il fallait se résoudre au "carnage" c’est-à-dire envoyer à l’abattoir un lot destiné à la boucherie. Cette corpulence donna plus de présence au taureau cocardier et donc plus d’émotion à sa course. Le sang bravo espagnol lui donna également de l’ agressivité et de la combativité .

Apparurent des taureaux que les raseteurs n’approchaient plus qu’avec circonspection. Les hommes de valeur purent s’exprimer et formèrent une élite propre à "faire du spectacle" et à redonner à la course libre un prestige draineur de foules. En 1900, les arènes de Nîmes furent prises d’assaut par quatorze mille candidats spectateurs qui voulaient assister à la confrontation entre Le Paré de Pouly et le raseteur lunellois Léon Héraud "Lou Pissarel".

Les lois de la génétique sont toutefois telles que le croisement perd de son efficacité lorsqu’on ne revient pas aux races pures pour les reproducteurs.
Croiser des bêtes provenant d’un précédent croisement entraîne une dégénérescence fatale. Ignorants et laxistes, les manadiers camarguais croisèrent dans une aimable et peu coûteuse anarchie qui déboucha bientôt sur un désastre général. Peu à peu, leurs produits ne furent plus aptes à quelque discipline que ce soit ; on produisait des bœufs qui n’intéressaient plus que les chevillards.

Certains éleveurs sentirent le danger.
Les uns, désireux de poursuivre vers le produit destiné au toreo, cherchèrent à se procurer des sementales qui, malheureusement, ne pouvaient être que les toros de réserve des arènes françaises, le syndicat des éleveurs espagnols s’opposant à l’exportation de reproducteurs vendus comme tels.
Les autres voulurent revenir à la race camarguaise et se consacrer à la production de cocardiers.

Combet-Granon, Raynaud et Baroncelli, par exemple, effectuèrent des sélections rigoureuses et éliminèrent systématiquement les bêtes croisées ; ils parvinrent à retrouver un type de taureau qui revenait à l’aspect physique de l’ancien camarguais mais qui bénéficiait toutefois de la corpulence et de l’apport moral espagnol. Il ne faut pas chercher ailleurs les grands noms de l’élevage camarguais de l’entre-deux guerres et tous les élevages actuels en découlent.

Quant aux éleveurs qui n’avaient fait d’effort ni dans un sens ni dans l’autre, ils se trouvèrent avec des bêtes impropres à toute forme de tauromachie.

Lorsque les capeas disparurent dans les années trente, les toreros refusèrent de se mesurer en course sérieuse avec ces criminels produits d’un élevage qui s’était concentré alors en Crau. De son côté, la course libre leur fut fermée parce que ces produits n’avaient plus aucune qualité propre à intéresser un public dont le goût s’était affiné depuis le Sanglier .
Les élevages de race pure estivaient au Cailar et on les désignait sous l’appellation de "combat de Languedoc". Les adeptes du croisement faisaient paître à l’est et au sud-est du Vaccarès, dans le Plan-du-Bourg et dans la Crau, jusqu’aux Alpilles : ils constituaient le "combat de Provence".

Parmi les élevages "croisés" cinq noms doivent être retenus :
- YONNET,
- SAUREL,
- LESCOT,
- VIRET,
- SOL,
- DURAND
- ... "

Première mise en ligne le 22 juin 2009

P.-S.

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