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Le taureau Camargue et sa course :
l’ordre de sortie

mercredi 19 août 2020, par Bernard

Extrait de la thèse vétérinaire de Hubert Bretheau qu’il faut lire en se plaçant dans le contexte de l’époque : les années 1960.
Certaines façons de voir, ou d’être, de cette époque peuvent ne plus être d’actualité.

Les taureaux ne sont pas présentés dans un ordre fantaisiste.
Il existe une gradation qu’il faut observer pour que la course ait un intérêt plus grand et surtout constamment soutenu, car la course camarguaise est avant tout un spectacle, et le manadier doit composer ce spectacle compte tenu du tempérament respectif de chacun de ses taureaux.

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Chaque animal possède une valeur différente en face des hommes et également une renommée différente. Les cocardiers ont un style de combat personnel et tel qui fera un bon premier ne pourra courir en vedette.

Le premier taureau d’un programme de course devra être un taureau vif et agile sans être d’une grande férocité, dangereux par ses fusées, brusque dans la foule des raseteurs et habile à défendre ses attributs.
Son rôle sera celui de lever le rideau, et il devra intéresser les spectateurs sans les passionner, sous peine de voir souffrir de la comparaison, ses successeurs en piste.
Il devra faire courir les hommes de manière à les amener à un état de fatigue propre à faire briller dans leurs poursuites les cocardiers suivants ; si les hommes sont moins en souffle, leurs passages devant la bête et leurs fuites seront moins rapides et donneront plus facilement lieu aux poursuites serrées et aux coups de barrière qui sont les grands moments de la course camarguaise.
En effet, le taureau ne s’engage à corps perdu dans la bataille contre l’homme que quand il sent une possibilité de l’atteindre.
Si l’homme est trop vif et se porte rapidement hors de l’atteinte de la bête, celui-ci se découragera, et ses poursuites perdront de leur allant.
Il y a des taureaux que leur manière de courir désigne pour ce rôle préliminaire : ce sont les taureaux mobiles qui courent comme les taureaux jeunes et qui, ne se fixant pas dans une "querencia", obligent les hommes à se déplacer.
Si la présidence veut jouer correctement son rôle, elle devra les primer suffisamment pour soutenir l’entrain des hommes.

Le deuxième taureau sera aussi un animal qui fera courir les hommes et préparera de cette manière la prestation de la vedette.
Lui également ne devra pas être un animal trop facile et dépouillé de ses attributs des les premières minutes de sa course.

Le troisième taureau sera plus fort et plus expérimenté.
Il devra être brillant mais inférieur à son successeur immédiat dans le spectacle, qui sera la grande vedette.
L’entracte a effacé une partie des fatigues des hommes, et le public attend le principal taureau de la course.

Le quatrième taureau, c’est donc après cette pause que l’ordonnateur du spectacle doit faire sortir la vedette du lot, dont la renommée a attiré les spectateurs, car ceux-ci assistent à la course, surtout pour le taureau dont le nom est sur touts les bouches à la suite d’un succès retentissant, lors de sa dernière sortie.

Le cinquième taureau, une vedette ou alors un animal de classe moyenne

Le sixième taureau, un espoir ou un ancien bon cocardier.

En résumé, nous trouverons la présentation successive d’un ou plusieurs taureaux vedettes que le manadier devra faire sortir crescendo jusqu’au quatrième et decrescendo ensuite, le premier et le dernier étant des animaux de classe moyenne, mais agiles et mobiles.

Dans le cas des concours de manades, où tous les cocardiers sont des vedettes, l’organisateur devra essayer d’équilibrer son spectacle de la même manière, et de présenter les taureaux dans un ordre tel qu’aucun d’entre eux ne porte préjudice à son prédécesseur ou a son successeur, ce qui est une chose très difficile.

Un facteur important entre en jeu dans le déroulement de la course, sur lequel les organisateurs ne peuvent pas agir : la condition momentanée du taureau, car il est difficile à un manadier de savoir si ses taureaux, en général et un en particulier, brilleront.
Il y a certes celui dont on connait la régularité de forme, l’état de santé et le nombre de courses données dans la saison, sur lequel on peut faire des prévisions avec de bonnes chances de succès ; mais, comme le facteur psychique intervient en même temps que la forme physique, il est impossible à l’éleveur de se prononcer à l’avance sur la présentation de l’animal.

Certains taureaux se déclarent tard et au moment où on les jugeait sans grande valeur, et où parfois on les destinait a l’abattoir, ils font une bonne course, qui décide de leur avenir.
L’inverse arrive souvent et un taureau qui est considéré depuis une grande course comme une vedette de grande classe, apparaît brusquement au cours au cours d’une autre course, terne et sans grand brillant.

Certains manadiers actuels (années 60, NdR), courant après le bénéfice et les contrats, galvaudent leurs vedettes en les fatiguant.
Ils acceptent un nombre de contrats que leurs cocardiers ne peuvent supporter sans préjudice pour leur valeur combative.
Certains taureaux qui feraient 7 ou 8 courses brillantes par an, sortent tous les quinze jours, et ne font en piste que des apparitions très ordinaires, ce qui explique les défaillances de certains grands cocardiers surmenés.

Cette course à la vedette, et l’exigence croissante des publics pour le sensationnel, rendent de plus en plus difficile le métier de manadier.

Il faut beaucoup de courage pour refuser des contrats d’impresario et "économiser" un taureau pour le seul souci de sauvegarder l’honneur de la devise et la qualité d’un spectacle.

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