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Daniel PELLEGRIN et GOYA (1/2)

La mémoire dans la peau

vendredi 1er mars 2013, par Quiquinou

Le 31 janvier 1986, Goya nous quittait.
20 ans apres, il reste dans toutes les mémoires et notamment celle de Daniel PELLEGRIN, qui nous raconte ci-dessous, la pression qu’exerçait ce taureau hors norme, sur les acteurs de l’époque.

C’était un immense plaisir, pour un combattant de l’arène, de se mesurer à un cocardier comme était Goya.
C’était un taureau qui était assez grandiose par sa façon de trottiner en piste. Tout le monde se rappelle cette foulée qui était relativement souple et fière, tête haute.

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Quand il sortait du toril, il marchait en ligne droite pour aller de l’autre coté de l’arène, on avait l’impression qu’il faisait son paseo. Il faisait son petit tour, il regardait, et ensuite arrivait ce moment fatidique de la trompette d’attaque, et presque on se disait « si elle ne sonnait pas, ça ne serait pas mal ! ».
A la fois, on avait envie d’aller le raseter, mais on avait aussi une crainte. Cette crainte qui nous prenait 3 - 4 jours avant, si ce n’est pas plus. Au fur et à mesure que le jour approchait, la pression montait.
L’affiche, à cette époque là, c’était GOYA et les autres. Les autres c’étaient les autres taureaux mais aussi Goya face à Castro, Dumas, Jouannet et Pellegrin. Quand je cite ces quatre bonhommes, ce sont les quatre hommes qui ont affronté Goya dans les grandes années, les années 70.
Le cocardier était absolument phénoménal dans ces années là. Cette pression qu’il nous mettait plusieurs jours avant la course, grandissait de jour en jour, d’heure en heure, de minute en minute et on se retrouvait dans les vestiaires avec un silence impressionnant et une concentration inhabituelle de la part de nous quatre qui rasetions Goya, mais aussi des autres raseteurs qui respectaient en général ces moments là.

Un jour à Beaucaire, Muscat, qui était un gai luron, essayait de détendre l’atmosphère et je l’avais mal pris, tellement la tension était grande et que je n’avais pas du tout envie de plaisanter.
Je lui avais fortement conseillé de la mettre en veilleuse, et il nous avait répondu avec beaucoup d’humour : « Pourquoi vous êtes comme ça ? Moi je suis décontracté, je ne le rasete pas ! » Ce n’était pas pour nous embêter qu’il faisait ça, c’était amical, mais il voyait bien que Goya nous faisait réfléchir jusque dans les vestiaires.

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Les Saintes 1980 Goya sur Chomel
Photo Naval

Je me souviens d’un autre grand moment, toujours à Beaucaire. On se changeait à l’époque au Chalet des Sports, j’étais avec Patrick Castro, en sortant des vestiaires et en s’approchant des arènes, on voit qu’il y avait énormément de monde, les portes étaient fermées, et on ne comprenait pas pourquoi ! Je me suis dit : « ils n’ont pas ouvert encore ! », mais en réalité, ils avaient fermé les portes, parce que les arènes étaient déjà archi combles. Pour pénétrer à l’intérieur des arènes, il nous avait fallu passer sur les épaules des aficionados qui ne voulaient absolument pas perdre le centimètre de fenêtre qu’ils avaient pour voir la vedette des marquises.
En arrivant en piste, il y avait deux femmes, assises sur le marchepied qui ne voulaient pas partir de là, elles voulaient voir Goya. Avec un autre raseteur, on les avait prises en poids pour les faire passer par dessus les tubes, et elles se sont retrouvées devant. Et chaque fois que je les voyais aux courses, elles me remerciaient des les avoir si bien placées. Tout ça, venait se rajouter à notre pression, parce que voir ce nombre de personnes dans les arènes, on n’avait pas le droit de passer à travers. Ca c’était pour l’avant course.
Ensuite, il y avait les trois cocardiers qui précédaient la sortie de Goya. Ces trois cocardiers étaient toujours solides, que ce soit Vallespir, Vergezois ou Rami pour les concours de manades ou même avec la royale de Laurent, on avait toujours des premières parties difficiles. Malgré la combativité qu’il y avait entre nous, on avait l’appréhension d’arriver à ce quart d’heure fatidique.

Et puis là, il sortait du toril, avec cette prestance qu’on lui connaît. J’avais remarqué que quand il dressait les poils au-dessus de son cou, c’est qu’il était dans un grand jour. Mais ce devait être mes yeux qui l’inventaient.

C’était un taureau qui nous faisait commettre des fautes, et des fautes de débutant en plus.
Je me souviens à Beaucaire où Emile Dumas et moi-même avions manqué le marchepied. Et ce jour là, Goya n’a pas sauté, et après avoir franchi la barrière, je me suis dit : « si un jour je suis court, je m’en sortirai comme ça, en plongeant juste derrière la barrière et le taureau ne sautera pas ». C’est cette réflexion qui m’a poussé à faire ces deux rasets à Lunel. Le premier était un raset d’approche, pour me mettre en condition. Sur ce raset, je n’ai pas attaqué Goya pour voir ce qu’il se passait. Sur le deuxième, j’avais décidé d’aller à la tête pour faire la coupe de la cocarde.
Ca faisait plus de douze minutes que le taureau était en piste et qu’il n’avait pas vu un raseteur. C’était un taureau extrêmement difficile parce que son terrain, contrairement à tous les autres cocardiers qui ont un terrain de quelques mètres, son terrain à lui, c’était toute la piste plus la contre piste, ce qui éliminait l’approche d’un tourneur.
Alors, comment attaquer un cocardier comme ça, quand on ne peut pas être aidé du leurre qu’est le tourneur ?
C’est pratiquement impossible. Dire à son tourneur, à Lunel, alors que le biòu était dans une journée extraordinaire : « allez, vas-y, appelle-moi-le ! ». Là, je rends hommage à mon tourneur, André Ferrand, parce qu’il savait que je serai là, et partir à la tête de Goya dans les arènes de Lunel, enfin à la tête, on va dire à 20-30 mètres, il faut que le raseteur soit derrière, sinon, le tourneur était en danger.

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Lunel - Pellegrin - Goya

Le raset que j’ai fait, ne me permettait pas de m’accrocher, ça m’était impossible de m’en sortir en sautant. J’avais donc décidé de plonger derrière la barrière, et je ne comprends toujours pas comment Goya a réussi à m’attraper, alors que j’avais bien calculé mon coup et que je m’étais aplati carrément derrière la barrière. Sur la photo, on voit bien que le taureau a les 4 pattes en l’air et qu’il arrive quand même à m’attraper avec cette corne droite. C’est une blessure importante, mais c’est une blessure qui reste dans les archives, dans la légende. Ca me fait plaisir d’avoir été blessé par Goya, parce que ce raset-là restera toujours raconté par les aficionados.

Première mise en ligne le 31 janvier 2006

P.-S.

PS :
Suite :*

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