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Les courses de taureaux a Avignon (4-8)

dimanche 10 mars 2019, par Bernard

Historique et évolution de ce spectacle du XVIIIe au XXe siècle

Après la révolution, les réunions taurines paraissent servir de prétexte à des manifestations montagnardes [1] ou encore donner naissance à des rixes entre partis [2], l’autorité administrative, non seulement reste sur ses positions intransigeantes, mais, peut-être influencée par la loi Grammont [3], renforce ses prohibitions [4] et ne délivre aucune autorisation [5].

Mais la détente qui s’amorce en 1852 dans le Gard [6] atteint le Vaucluse en 1853 avec une instruction du ministre de l’intérieur, qui permet les courses de taureaux dans toutes les régions comprises au sud d’une ligne tirée de Bordeaux à Avignon [7].

Ces spectacles de curiosité demeurent dans les attributions de l’autorité municipale [8].
En réalité, les préfets ayant manifesté leur réticence à l’égard d’un texte qui donnera aux maires touts pouvoirs en cette délicate matière, ces derniers doivent leur en référer à chaque occasion.

L’effet de cette mesure libérale ne se fait point attendre et, pour la fête de la ville, fin septembre et début octobre sont offertes au public, sur le champ de mars à la Barthelasse, deux magnifiques courses avec la troupe du "Señor Garcia", composée de toréadors espagnols et d’amazones [9].
Ces exhibitions rencontrèrent un grand succès, car, pour la première fois à Avignon, on applaudit à des nouveautés telles que les jeux de manteaux importés de la péninsule ou les sauts à la perche. [10]
Le programme comportait encore des scènes comiques : colin-maillard, saut du fauve dans des cercles en papier, jeu des aveugles clochés et pour finir une grande chasse aux taureaux menée par des écuyères espagnoles, élèves de mademoiselle Caroline, de l’hippodrome de Paris [11].

Les journaux accordèrent un brillant accessit aux intrépide matadors « qui n’ont pas le droit de faire couler le sang des pauvres animaux livrés à leur espièglerie. » [12].

Malheureusement, la troisième représentation tourna mal.
Il avait été convenu de laisser, pour dix amateurs seulement, un taureau portant une cocarde.
Or, une foule tumultueuse se précipita dans l’arène, déborda le service de police réclamant que la bête fut lâchée au mépris de toute règle de prudence.Le maire de Villeneuve se déclara favorable à une réglementation plus stricte de ces spectacles « qui attirent la plus vile populace de la ville d’Avignon » [13]

C’est pourquoi il élabore un arrêté approuvé par le préfet selon lequel chaque manifestation devra être précédée d’une visite du commissaire de police, qui vérifiera que les estrades et la circonvallation ne présentent aucun danger pour les spectateurs, seuls les toréadors descendront dans le cirque et l’entrepreneur fournira, à ses dépens, un piquet de 20 soldats. [14]

S’ouvre alors une décennie très favorable aux « aficionados » [15].
On semble en haut lieu accepter cet amusement [16].

Déja se manifeste cet attrait des hommes du nord pour un folklore méridional.
Ainsi, le journaliste Léonce Dupont, dans son compte rendu au « Monde illustré » des fêtes du concours agricole de 1858, regrette qu’à la place du carrousel on n’ait pas prévu une ferrade, « jeu dans lequel hommes et bêtes se livrent des combats plein de péripéties et de dangers » [17].
Durant cette période triomphent les courses dites "au genre provençal", à raison de quatre ou cinq par saison.
Les quadrilles commencent à se former, on cite maintenant le nom de la manade à laquelle appartient les animaux [18] en 1864 , mais à chaque réunion au moins deux taureaux sont laissés aux amateurs avec des cocardes de cinq ou dix francs, qui doivent être enlevées au moins à quatre mètres des barrières. [19]

Les ferrades gardent toujours leur prestige et le public continue quelque fois, comme par le passé, à descendre dans l’enceinte pour s’en prendre directement au taureau.

Une excellente description d’une course a la Barthelasse en 1860 est fournie dans le bulletin mensuel de la société protectrice des animaux [20].

Notes

[1] A Apt les prix offerts aux vainqueurs des courses étaient des bonnets rouges qu’on avait promenés la veille au bout de piques, (archives départementales de Vaucluse)

[2] le 9 juillet 1849 à Rognonas quelques rouges de Châteaurenard furent jetés par les blancs majoritaires entre les cornes des taureaux qui les foulèrent aux pieds.

[3] elle date du 2 juillet 1850

[4] le préfet du Gard renouvelle le 18 mai 1850 l’arrêté en s’appuyant sur divers précédents historiques

[5] rappel du préfet du Vaucluse au maire d’Avignon qui désirait faire droit à la demande des sieurs Boyer et Dame pour des courses à coté de la gare d’Avignon (archives départementales du Vaucluse)

[6] autorisation pour les fêtes locales

[7] les habitants du midi crient "un peu d’aïoli" et "une course de taureau", "Le mémorial de Vaucluse" 29 septembre 1853 N°903

[8] archives départementales du Vaucluse

[9] malgré l’accord du préfet du Vaucluse, celui du Gard avait primitivement refusé et ne revint sur sa décision que sur l’intervention du maire d’Avignon

[10] le programme de cette course figure aux archives départementales

[11] les mêmes acteurs s’étaient exhibés à Arles, le 3 juillet précédent.
C’était la première capéa donnée en France (note de Chobaut d’après un article du "petit marseillais" du 29 juillet 1825. On peut ainsi mesurer le rang qu’occupait Avignon parmi les arènes du Midi.

[12] "Le mémorial de Vaucluse" (18 septembre 1853, N°900

[13] lettre du maire de Villeneuve au préfet du Gard 04 octobre 1853.

[14] lettre du maire de Villeneuve au préfet du Gard 04 octobre 1853.

[15] le mot commence à être employé.

[16] lettre du maire d’Avignon au préfet de Vaucluse, 27 novembre 1860, " elles sont dans les moeurs du pays, sur tout le littoral de la Méditerranée"

[17] bibliothèque Calvet

[18] "manade de mas X..." ; "Le mémorial de Vaucluse" 14 juillet 1864 N° 2018

[19] "Le mémorial de Vaucluse" 18 juillet 1861 N° 1709

[20] bulletin mensuel de la société protectrice des animaux N°9 septembre 1860

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