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Entretien avec Patrick LAURENT (5/9)

5. La Course Camarguaise (1) :

mercredi 15 août 2012, par Quiquinou

Quiquinou : Question simple, pour toi, où en est la course camarguaise aujourd’hui ?

Patrick Laurent : A mon avis, elle peut aller plus bas, mais elle n’est pas loin de toucher le fond. Ca peut paraître simple pour moi de dire ça, mais je ne sais pas si il ne faudrait pas qu’elle se casse complètement la figure pour qu’elle renaisse de ces cendres, mais comme il faut.

Q : Pourquoi en est on arrivé là ?

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P.L. : Parce que personne ne voit plus loin que le bout de son nez, que le bout de son crochet, que le bout de son camion, de son char et que personne ne veut évoluer et quand il faut prendre de grosses décisions, tout le monde est d’accord pendant la réunion et en sortant de là, tout le monde fait ce qu’il a envie de faire.
Les raseteurs font un passage, ils se foutent du lendemain, là, je parle en général.
Les manadiers ont peur de prendre de grosses décisions, ils ont peur des conséquences, comme ne plus être contacté par tel club taurin ou tel organisateur à cause d’une décision prise à leur encontre.
Les clubs taurins ne veulent pas prendre de risques non plus parce qu’ils veulent des taureaux et des hommes pour faire leurs courses tout au long de la saison.

Et avec tout ça, on en arrive là.
On en arrive à se gratter la tête pour faire une grosse course, et je ne parle pas d’une saison complète, et on pourra me dire ce qu’on veut, mais ça fait plusieurs finales du trophée où logiquement il doit y avoir les meilleurs taureaux, ils y étaient, mais ce n’était pas des finales extraordinaires.

Q : Justement, qu’est-ce qui doit changer ? La fédération, le trophée, les associations de manadiers, de raseteurs, la presse, n’y a t-il pas trop de décideurs dans cette bouvine ?

P.L. : Le trophée a été crée pour récompenser les taureaux et les raseteurs, mais pas pour créer les lois et les règlements. Le trophée devrait se calquer sur les règlements de la fédération. Maintenant, la Fédération avance mais à petits pas de fourmi.

Q : Elle avance en fonction de ce que lui disent ces 4 ou 5 organismes !

P.L. : Mais par exemple, quand les manadiers font une demande, systématiquement les raseteurs la refusent. Ca fait longtemps qu’on le dit, mais ce sont les raseteurs qui imposent leur règlement.

Q : Qu’est-ce qu’il faut pour que ça change ? Est-ce que ça peut changer d’abord ?

P.L. : Pour que ça change, il faut écouter les propriétaires des taureaux.
Les manadiers sont les seuls aptes à gérer la carrière d’un taureau et ils savent ce qui est bon ou pas pour un taureau.
Les manadiers on ne les écoute pas. Ceux qui paient sont les organisateurs. Les clubs taurins font leurs petites courses tout au long de la saison et les grandes arènes ont beaucoup de mal à faire les leurs, et on ne les écoute pas, ils n’ont même pas droit de parole à la fédération. Il n’y a pas de postes pour les grandes arènes. Ca fait donc 2 postes importants qui sont occultés. Donc puisque ça ne va pas, il faudrait peut être au moins les écouter et les laisser faire pendant 1 an ou 2 au moins pour voir si il y a une amélioration et ça ne serait peut être pas mal.

Q : Qu’est-ce qu’il faut changer alors ?

P.L. : La mentalité.

Q : La mentalité de qui ?

P.L. : Des raseteurs et du public.

Q : Est-ce que ce n’est pas cette course aux points qui fait du mal à la course camarguaise ?

P.L. : Elle a toujours existé la course aux points, mais quand on parle avec un Pellegrin, un Dumas ou d’autres raseteurs de cette époque là, ils rasetaient pour les points d’accord, pour l’argent d’accord, mais avant tout, il y avait la passion du taureau et du public, parce que c’est un spectacle, un sport spectacle.

C’est le seul sport qui va à l’encontre de ceux qui paient et qui les font vivre : les spectateurs.

On n’a jamais vu dans le football quelqu’un défoncer son adversaire pour avancer. Il y a des règles, il y a des cartons, et si on ne rentre pas dans les clous, on a un carton et on est dehors. Dans le rugby pareil. Le capitaine de l’équipe de France est sur la touche parce qu’il a mal agi.
Si on traçait une ligne dans la piste qui interdise de partir à l’intérieur de cette ligne et obliger de partir de la planche, c’est un détail, mais ça pourrait faire quelque chose. Tout ça, ça fait longtemps qu’on en parle mais ...

Je ne trouve pas qu’il y ait de bonnes courses.

Il y en a une de temps en temps, un bon taureau de temps en temps, mais il dure un an ou deux, pourquoi ? Parce qu’il y a cet ensemble de problèmes qui n’est pas résolu et on n’écoute pas les propriétaires des taureaux.

Q : Camarina est le meilleur taureau actuellement, est-ce que c’est un grand taureau qui marquera son temps ?

P.L. : Oui, pour moi Camarina est un grand taureau, mais c’est pas LE grand taureau de ces dernières années, il fait partie des bons taureaux actuels, il y a eu Virat aussi qui a été un grand taureau.

Q : Tu penses qu’il ne restera pas dans la tête des gens ?

P.L. : Si, c’est possible, mais il faut voir derrière lui ce qu’il va y avoir ! Il y a eu Tristan, Virat, Camarina, c’est sûr qu’il va rester dans les mémoires, je ne sais pas à quel niveau, l’avenir nous le dira.

Q : Ne penses-tu pas, quand même, qu’il n’a pas de concurrence ? Il est un peu comme l’équipe de Lyon dans le football français ?

P.L. : En 2005, oui, il était loin devant les autres, maintenant, pour 2006, c’est compliqué de prédire ce qu’il va se passer.

Q : Les jeunes bious qui montent, Aumônier, Jeannot, Mathis, Monvert, Sauron, ça te dit quelque chose ?

P.L. : Oui bien sûr.

Q : Ces jeunes taureaux qui montent, ne sont-ils pas finalement ses principaux concurrents ?

P.L. : Ce serait souhaitable. Quels sont les taureaux aux As que l’on a envie de voir ? En 2006, Camarina va avoir 11 ou 12 ans, il est logique qu’il soit en fin de carrière et quelque part, c’est un peu désolant qu’il faille compter sur la trés jeune génération pour le concurrencer.

Q : Alors, comment fait-on pour gérer la prometteuse carrière d’un jeune biou ?

P.L. : Je ne connais pas l’âge de chacun des taureaux que tu viens de me citer, mais chaque élevage se gère à sa manière.
On ne gère pas un Nicollin comme on gère un Laurent.
Et tant que le fruit n’est pas mûr, il ne faut pas le manger.

Q : Et mûr ça veut dire quoi ?

P.L. : Furet de Lafont a été mûr à 5 ans puisqu’il a été récompensé par le Biou d’or à 5 ou 6 ans mais il a duré peu de temps. D’autres sont mûrs plus tard, tout dépend de la race.

Q : Et aujourd’hui, la carrière d’un taureau est plus que réduite puisqu’ils se prennent de sacrés roustes à chacune de leurs sorties !

P.L. : Même si avant il y avait aussi des rasets « coquins », même si avant ils étaient à certaines courses 40 en piste, comme pour la finale de la Palme d’Or à Beaucaire, la Cocarde d’or ou la finale, mais le reste du temps, les taureaux géraient leur course, ils avaient le temps de s’oxygéner et de gonfler leur moral. Je visionne la cassette de Goya tous les jours, parce que Paul veut la voir tous les jours, même Castro qui était un athlète ne sautait pas comme les raseteurs sautent aujourd’hui. Il ne mettait pas le pied au marche pied et il mettait la main à la barrière. Va sauter comme ça aujourd’hui ! A chaque raset, tu as un coup de barrière ! Les raseteurs sont plus athlétiques, ils s’entraînent, les taureaux sont meilleurs qu’avant, mais ça reste des taureaux.

Q : Les taureaux sont meilleurs qu’avant, pour toi ?

P.L. : Je pense. Les manadiers sélectionnent de plus en plus, donc logiquement, les taureaux sont meilleurs.

Q : Mais les raseteurs aussi sont meilleurs !

P.L. : Oui ils sont meilleurs. Il y a des écoles taurines, des entraîneurs, des régimes, alors qu’ils n’avaient pas ça avant !

Q : Il y a les baskets Nike aussi ?

P.L. : Il y a les baskets, alors qu’avant ils avaient des semblant d’espadrilles, puis ils partaient le matin, ils déjeunaient, mangeaient chez l’habitant, et l’après-midi ils rasetaient, il y en a beaucoup qui le font ça ?
C’était un autre état d’esprit.

Q : Il y en a quand même des raseteurs qui sont dans l’esprit de la course camarguaises ?

P.L. : Il y en a, là je parlais en général, bien sûr qu’il y en a de super raseteurs mais l’ensemble fait qu’on en arrive là. Dans une course, si on voit 4 ou 6 raseteurs, on dit : « ouais, y a pas de raseteurs, y a pas de raseteurs, etc.... » ben si, il ne faut pas confondre la quantité et la qualité.

Q : En même temps si tu mets le meilleur taureau devant 4 raseteurs...

P.L. : (qui coupe)Goya par combien d’hommes il était raseté ?

Q : Par 4 hommes, mais ils étaient plus que ça en piste !

P.L. : Pas qui passaient !

Q : Non, mais qui pouvaient passer !

Q : Cet été 2005 par exemple, on a vu Camarina le 14 août aux Saintes devant 6 raseteurs

P.L. : (qui coupe) La course a été comment ?

Q : C’était une course rasetée en festival.

P.L. : Pourquoi on va voir une course ? Pour se régaler, pour avoir de l’émotion !

Q : Pour voir un taureau défendre ses attributs ! Et les 6 ou 7 taureaux qu’il y avait à cette course ont tous défendu leurs attributs parce que (il coupe encore)

P.L. : Parce qu’il y avait le poids d’hommes voulu en rapport des taureaux présents.

Q : Mais bon, il y avait de sacrés taureaux en piste, quasiment les meilleurs, il y avait Camarina, Pesquier, Tommy qui a été très bon, Michou, ce ne sont pas les premiers venus, on a vu une course festival avec 6 garçons en piste, c’est pas l’avenir de la course camarguaise ça quand même ?

P.L. : Qu’est-ce que c’est l’avenir de la course camarguaise ?

Q : On en sait rien mais si c’est ça !

P.L. : Avec le recul, et même si je pense que le passé c’est le passé et qu’il faut se tourner vers le futur, il faut en tirer des leçons, on a plus de belles courses avec 6 raseteurs, qu’avec 15.

Q : Et tu vois la finale de la Palme d’Or avec 6 hommes en piste ?

P.L. : La finale, mais pas toute la Palme d’Or ! La finale c’est la finale, la Cocarde d’Or c’est la cocarde d’Or ! C’est une fois dans l’année. Et on sait qu’on mène des taureaux pour la finale de la Palme ou pour la Cocarde d’Or. Il faut qu’on puisse prendre un taureau comme Jeannot du Grand Salan, qui a été Biou de l’avenir, il faut qu’on puisse le mettre dans une piste comme Beaucaire sans avoir peur qu’il se fasse assassiner par 15 types. Seul le résultat compte.
Moi, je vais sur les gradins pour avoir des sensations, voilà.

Q : Moi je vais sur les gradins pour voir un taureau qui force le respect vis à vis des hommes en blanc ! Moins il y a de rasets dans le ¼ d‘heure plus je me régale. J’ai vu Sauron à Redessan, après la finale, défendre ses attributs de manière magistrale. Chaque raseteur calculait 5 minutes comment il allait passer, ils ne savaient pas comment le prendre. Un peu comme Virat, il y a 1 an et demi à Beaucaire le jour où il gagne son Biou d’Or. Je vais aux arènes pour voir un taureau se faire respecter. Et quand je vois Pesquier à la Palme à Beaucaire se prendre la rouste de sa vie, je ne me régale pas alors qu’il a fait 20 coups de barrière. Il y a peut être un juste milieu à trouver. C’est sûr que si tu vois 8 rasets dans l’après-midi sur 7 taureaux c’est pas le but.

P.L. : Oui, il y a un équilibre à installer et en ce moment il n’y est pas. Ce serait bien de le trouver.

Q : T’as autre chose à rajouter sur la course camarguaise en général ?

P.L. : Pour une fois, dans l’histoire de la fédération, j’aimerai qu’on essaie d’écouter les manadiers

Q : Cette table ronde que tout le monde demande, est-ce qu’elle a déjà eu lieu ?

P.L. : Oui, mais ça n’a jamais abouti puisque les raseteurs ne veulent rien entendre.

Q : Qui décide ? Autour de la table qui prend les décisions ?

P.L. : Normalement cela devrait être à la fédération de trancher et à être médiateur mais...

Q : Mais pourquoi elle ne le fait pas ?

P.L. : Elle en a le pouvoir

Q : Elle ne veut pas prendre le risque ? C’est un risque de prendre une décision ?

P.L. : Bonne question.

Première mise en ligne le 19 février 2006

P.-S.

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