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La légende vivante d’Henri Aubanel (2/3)

dimanche 3 février 2019, par Bernard

Cette anecdote semble très importante pour Henri Aubanel, peut être voulait-il déjà s’installer, intuitivement là-bas ?
Qui sait, ensuite, l’autobus devait les mener aux Saintes.
Henri prend le bac, " sans moteur", où les hommes devaient tirer sur la corde pour traverser"...


Il découvre alors la Camargue et son premier mas.
Et ses tout premiers taureaux, " j’avais le visage écrasé contre la vitre de l’autobus, pour mieux voir".
Une centaine de bêtes étaient allongées, la tête contre le sol. Tout à coup, un cavalier est apparu, et les touristes sont descendus voir les taureaux.
Au lieu de regarder les hommes, les bêtes se sont tournées vers moi, toutes ensemble.

Le Marquis de Baroncelli venait d’apparaître , mais l’enfant ne savait pas encore que le Marquis avait pour coutume de s’habiller en gardian. " j’ai eu un coup au cœur extraordinaire , pour les taureaux.
Marquis ou pas , les hommes ne m’intéressaient guère.
Et je me suis échappé une fois de plus pour courir vers la mer, car les taureaux étaient partis par là"

Premier contact, le biais est pris pour ce petit parisien de grande famille, qui ne quittera jamais l’accent "pointu", malgré ses efforts pour apprendre le Provençal.
Suite à ce voyage insolite, Henri reprend la classe à Paris.
Il se destinera, par goût aux études de lettres, mais s’affrontera par nécessité aux sciences politiques. C’est alors qu’il est sur le point de se fiancer avec "une charmante jeune fille, bien que nous n’étions pas encore à nous parler d’amour."

Mais monsieur Aubanel père décide de rejoindre le midi pour les vacances.
Nous sommes le 01 janvier 1930, Henri adolescent, rencontre celui qui deviendra son beau père.

Prouvenço, né en 1897, Henri Aubanel ne l’a bien sur pas connu.
Mais Lou Bandot, Vovo, , les trois noms ont marqué la manade .

"Comment, jeune parisien apprend—on le métier de manadier ? "

"j’ai appris en suivant les gardians , je venais au mas en voiture, puis je montais un mauvais cheval""

Et pourquoi avoir surnommé votre fils Pierre "VOVO" , nom donné ensuite à votre cocardier ?

Parce que Nerthe, petite, n’arrivait pas à prononcer Pierrot.
VO-VO, disait-elle. Le nom lui ai resté.
Ainsi, Pierre avait un nom tout fait pour faire don à un taureau.

Marie-Caroline avait 5 ans à la grande époque de Vovo.
Elle se souvient :
" Dès qu’il sortait, on criait : dégagez la piste , celui qui vient est dangereux, il cassait tout , un sacré taureau".
Mais le taureau préféré d’Henri Aubanel n’est pas Vovo " c’est Lebrau, plus régulier.
Malheureusement pendant la guerre, nous n’avions pas de sous et j’ai été obligé de vendre ma grande course, donc Lebrau.
Puis, j’ai mis Vovo chez Laurent , car j’avais peur de le mettre chez Pouly et de le perdre
.
" Petit Loulou est venu plus tard. Le Biòu d’Or 1964 : "
Son père s’appelait Loulou, du nom de notre gardian. Ce taureau est allé se tuer, en échappant de Vestric, en sautant un mur de plus de 2 mètres ( ce qui est très rare) .
On la retrouvé mort dans le canal du Bas-Rhône.

Le mystère des bêtes noyées.

Puis il y a eu cette fameuse journée d’horreur de décembre 1973.
C’est marie Caroline qui à tout découvert.
" Le vent soufflait très fort. Les gars ont parlé de tempête, mais on n’en sait rien. C’est un vrai mystère. On ne saura jamais ce qu’il s’est passé.
Avec un jeune gardian Charly, j’arrive à la pointe d’Abran au Cailar.
En passant le pont, je m’aperçois que des taureaux se sont noyés dans le Vistre, sûrement ceux de Lafont.
En fait, c’était les nôtres.
Leur mort en masse reste inexpliquée.
Pourquoi se sont -ils noyés ?

Henri Aubanel explique à sa façon :
"Auparavant, avec Jacqueline, nous sommes allés les faire boire et manger.
Ils ont refusé.
J’ai senti que quelque chose n’allait pas. Je voulais les enfermer dans le bouvau. En fait, nous les avons laissé.
Le lendemain, il y avait 77 de morts
."

Marie Caroline en a compté 85.
"on a trouvé noyée ma vache Caroline, et une autre a survécu un an, nous l’avons baptisé Vistrenque"

Henri Aubanel croit en l’esprit grégaire et aux troubles météorologiques, mais pas aux magnétismes telluriques qui rendraient les animaux fous.
" Il y a eu un viroulet. Une espèce de tornade très localisée, que j’ai subie huit jours plus tard en gardant dans un autre pré.
Ce vent poussait les taureaux mais ma voix a fini par les ralentir. Ils allaient encore une fois droit au Vistre.
Les bêtes subissent des chocs, suivant le vent ou le froid. Et si, l’une part, elle font les moutons de Panurge.

Nous avions l’habitude mon gardian, mon fils et moi de les laisser à l’abri des tamaris.
On peut dire que j’ai été mal inspiré...
Le nombre importe peu, mais nous avons perdu ce jour-là les 17 taureaux qui venaient à la barrière. "Nos meilleurs. Et de bonnes vaches". Sans de bonnes vaches, pas de bon cocadiers.
Le vide ; "Bien sur, la race perdure, mais l’étalon n’est pas l’élément primordial d’une manade
"

(...)

P.-S.

Extrait du Camargue Magazine N°220 d’avril 1992
— Article de Fabienne C.Viala

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