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La légende vivante d’Henri Aubanel (3/3)

lundi 4 février 2019, par Bernard

" Puisque le taureau est très sensible aux événements telluriques, Henri Aubanel s’interroge sur l’actualité, les fameuses courses hivernales sous les arènes chauffées nîmoises :
" je comprends les impératifs économiques d’une aussi grande arène.
Je ne me permettrais pas de critiquer mon ami Jean Lafont , co-responsable du lieu, mais je suis fondamentalement contre les courses d’hiver.
Mauvaises pour le taureau et le public.

Quand je songe qu’on me traitait d’assassin parce que je faisais courir Vovo 10 fois dans l’année !!! "
(...)


J’avais du bien en tant que fils unique.
Mais le métier de manadier est une joie si peu lucrative.
Quand ma femme Frédérique m’a accordé sa main, elle m’a demandé de continuer l’oeuvre de son père, de maintenir sa manade, d’apprendre le Provençal , de garder le Cailar, Avignon et Les Saintes.
Et la Nacioun Gardiano, dont j’ai été capitaine pendant 26 ans.

Marie Caroline renchérit : "Et papa a aussi défendu les abrivado.
S’il y en a encore c’est grâce à lui. Peut-être même qu’aujourd’hui il y en a trop."

Henri Aubanel à vécu en Camargue dès 1930, s’est réfugié pendant la guerre à Oppède (en Vaucluse) car les allemands tiraient sur les taureaux
" je ne pouvais voir mes bêtes qu’une fois par semaine, avec un ausweis. Heureusement , mon gardian Bonnafoux veillait sur eux.
Puis la guerre finie, après l’époque Vovo, Bonnafoux m’a quitté pour suivre Laurent.
J’ai gardé les gardianous et construit ma manade sans lui."

LES DERNIERS INDIENS

On vivait alors avec " ça de moustiques sur la peau", mais peu de personnes attrapaient la malaria.
La vie n’était pas facile, mais le mot "entraide" avait beaucoup de sens, il voulait dire "solidarité" .
A vélo ou à cheval de mas en mas, on s’arrêtait boire le café et l’hôte vous offrait une feuille de journal pour la poitrine, meilleur remède contre le froid et surtout le vent.

Comment voyez-vous l’avenir de la course camarguaise. Henri Aubanel, lorsqu’un jour vous ne serez plus là ?...

" Je ne le vois pas" pourquoi ? " parce qu’il me parait sombre ? Les eaux, les beaux herbages sont pollués.
On construit des lotissements habitables sur les terres des bêtes.
Un taureau sans herbage s’étiole"

"Les chefs sioux, Oeil blanc, Queue de fer, Ours solitaire, avec Buffalo Bill sont venus à Nîmes.
Puis camper au mas de l’Amarée.
Le Marquis a sympathisé avec eux et s’est battu à leurs cotés contre les réserves où les hommes "civilisés" voulaient les parquer. Il était pour les peuples libres, seuls garants de l’évolution humaine "évoluer ce n’est pas détruire" dira Marie Caroline.
Quand ils sont partis du mas, ils ont jeté à Grand père des sacs, depuis leur bateau . Dans ces sacs les costumes indiens que nous conservons dans l’armoire. Ils ont longtemps correspondu.
On nous a volé les lettres depuis."

Les derniers manadiers ceux qui tentent de garder le territoire contre l’envahisseur sont-ils les derniers indiens ?

"Baroncelli avait beaucoup rapproché l’existence en Camargue avec celle des Indiens, car il considérait que l’Indien est une race autochtone, et que ceux restés à élever des taureaux sont sont les véritables gardiens de la terre et de langue dans sa pureté.
D’où le parallèle."

L’eau courante est arrivée dans la cabane d’Aubanel en 1967, " nous l’avons fêtée au champagne" dira sa fille, qui se souvient car elle est signe d’eau.
Quant à la fée électricité, elle n’a que quelques mois d’existence ici, car Henri Aubanel âgé, n’y voit plus guère. Une modernité qui n’exclut pas pour autant la lampe à pétrole.

Dieu de la terre et du ciel, gramaci !
Les Indiens sont bien vivants .
Dans une cabane blanche entre Petit Rhône et grandes Rocheuses.

P.-S.

Ecrit de Fabienne C.Viala, pour le Camargue Magazine N° 220 de avril 1992.

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