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Pascalet

jeudi 15 mars 2012, par Salva

Taureau de la manade Rebuffat.

Biòu d’Or 1980

- Retour à la page des Annuaires*

Pour Pascalet, une première légende.
Fausse mais symptomatique : Il serait le fils de la terrible vache cocardière Miraillette qui menait la vie dure aux tricots de peau à la fin des années 50.
Non, Pascalet, de la manade Rebuffat, est le rejeton de la vache Belle, sortie elle du ventre de Foraine, autre fameuse vache cocardière qui faisait broyer du noir aux tenues blanches.

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Pascalet, né en 1971, a été baptisé ainsi à cause d’un certain Pascal, cafetier à Lunel, un de ses premiers adorateurs.

Autre légende, mais celle-là peut-être avérée : Pascalet devait son électricité à la qualité de l’herbe de l’Hournède, pâturage situé sur la commune de Saint-Nazaire-de-Pézan mais appartenant à la commune de Lunel.

Pascalet se jetait avec beaucoup de puissance sur les raseteurs, prenait avantage sur eux en devinant leur trajectoire, anticipait sur leur course et s’engouffrait dans leur sillage comme une torpille, ses grandes cornes hautes à un centimètre de leur pantalon. Une bombe noire. Jacky Siméon sera son plus brillant démineur. De son propre aveu, il réalisera avec lui, en juillet 1979 à Lunel, le raset de sa vie.
Il le décrit dans son recueil de nouvelles ("De l’eau, des taureaux et des hommes", Editions Acte sud) : « Ce jour-là... j’eus l’impression de sortir de mon corps, comme si mon âme flottait un instant au-dessus de l’arène. Je me voyais, la main sur le frontal, partir sous la présidence en état d’apesanteur, décrocher la cocarde, avant de rejoindre le toril où Pascalet tenta en vain, en se jetant sur la barrière, de nuire à mon triomphe. Le ruban, tant convoité, glissa de mon crochet pour tomber aux pieds d’Étienne, portier des arènes et grand amateur de la manade Rebuffat. Je ne pouvais que lui offrir le bout de tissu rouge, reçu avec bonheur. L’émotion était si forte que des larmes avaient déjà empli ses veux. »
Ce jour-là, accroché par Pascalet et sous le coup de l’émotion, le raseteur Granier, dit « Tic-Tac », mangera le gland qu’il venait, dans la confusion, d’arracher à la corne du biòu.

Les drames s’enchaînent

Pascalet rime avec Lunel, qui rime avec l’histoire des Rebuffat. Une histoire avec pas mal de drames et de belles figures féminines.
Jean Rebuffat, gardian, créé son élevage en Camargue en 1927. La guerre de 39-40 l’envoie loin de ses biòu. Sa femme Louise se retrouve seule pour diriger le troupeau. Lui, sachant la difficulté d’un tel métier, lui écrit de le vendre. Elle résiste à la demande, comme elle l’écrira à l’écrivain camarguais Ruy D’Elly : « Je sortis au milieu de nos bêtes, à cheval, et les voyant chercher leur nourriture, les larmes me vinrent aux yeux. Je pleurais, mais ces pleurs firent ma force et je pris la résolution farouche, quoiqu’il advienne, de garder la manade. »
Retour de guerre, Jean et Louise s’installent à Lunel à la fin des années 40.
En 1956, année noire : le froid décime une partie du troupeau, leur taureau Cigalié tue le raseteur Tosi en avril, à Saint-Rémy de Provence, et Jean meurt à Lunel le 23 septembre.
Son fils André, marié à Nicole, lui succède et Miraillette devient une star. Patatras ! En 1965 elle disparaît dans un marais chez le manadier Laurent. Pascalet prend la relève. Mais c’est au tour d’André de mourir d’un cancer en 1977. Nicole continue son travail. Des lunellois l’aident bénévolement, par passion pour ce nom de Rebuffat et parce qu’il faut que des biòu paissent à Lunel.
C’est elle qui tous les jours fait manger dans sa gamatte le terrible Pascalet, par ailleurs si gentil dans ses prés qu’il accourt à l’appel de son nom : « Pascal, Pascalou... » .
C’est elle qui, tous les jours, le fait courir pendant vingt minutes comme un vrai sportif. Pascalet est, pour ainsi dire, l’homme de la famille.
C’est lui, sacré Biou d’or en 1980, qui fait vivre économiquement la manade de l’Hournède où tout Lunel, les matins de la fête votive, vient selon l’usage déjeuner « aux prés ».
On estime que Pascalet, soutien de famille, devait être engagé pour une somme comprise entre 10 000 et 15 000 francs par course.

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Le 20 juillet 1986, nouveau coup dur. Nicole tombe de cheval.
Coma, rééducation, hémiplégie.

Sa fille Davy et son compagnon Jacques Migayrou dirigent maintenant l’Hournède. Ils avaient un cocardier qui faisait parler de lui : Gaulois. II a été abattu le 16 février 2006 avec les 103 autres bêtes qui constituaient le troupeau : tuberculose.
Mais Dany et Jacques ont une fille, Inès, et la manade Rebuffat ressuscitera peut-être, dans quelques années. Lunel, qui lui vouait déjà un culte à travers le club taurin "Lou Cigalié" , ne jette pas l’éponge. Un club taurin "Pascalet" s’est créé cet hiver 2005. Tous les membres se sont faits, avec Nicole, photographier devant sa statue, œuvre de Max Poujol, installée en 1990 et financée par les 12 clubs taurins de la ville.
La statue a été sculptée dans l’atelier de cheminées "Christian" à Lunel, route de Nîmes.
Pascalet, qui a quitté les pistes en 1985, est mort le 20 décembre 1990.
Sa dépouille repose à l’Hournède. ■

Extrait de l’article de Jacques Durand paru dans "La Gazette de Nîmes", été 2006


Fiche signalétique :

- Né en : mars 1971
- Père : Brigand
- Mère : Belle, fille de Foraine (Baroncelli)
- Meurt le : 20 décembre 1990

1980 : gagne la Cocarde d’Or et obtient le Biòu d’Or

Première mise en ligne le 3 janvier 2007

P.-S.

Sacripan nous dit :
Pascalet avait pour Pére, aux dires de Mme Rébuffat, " Brigand ".
Il est né en Mars 1971 et il a fait sa première course à Lunel en 1974

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