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CERF de Nou de la Houplière 11083

vendredi 15 mars 2019, par Bernard

Extrait du Camariguo N° 51 de 1975
— Article signé Lebrau

.

Ce petit taureau connut la célébrité, un lundi de juillet 1948, le 26 précisément, à Beaucaire lors de la finale de la palme d’or, gagnée cette année là par Volle, précédent nettement Ginoux et Arnaud, Ramage étant le premier Beaucairois.

Voir l’article sur ce site : Notes sur la manade Nou de la Houpelière

Dans ce concours de manades, avec plus de trente raseteurs en piste, où pourtant Miche de Blatière avait sorti le grand jeu, où Nîmois de Lafont avait semé la panique par de terribles enfermées, où Lebret de Blatière et Gandar de Raynaud avaient accompli des exploits dignes d’être signalés, tout fut oublié par l’ouragan d’applaudissements que déchaîna Cerf, sorti en huitième et ultime position.

Il réalisa 9 coups de barrière absolument supérieurs dont deux, le poids du taureau augmenté par la vitesse de la poursuite lui faisait franchir la barricade après sa proie, furent émotionnants au-delà de toute expression.

Chaque fois la rapidité de la reprise faisait ressembler le cocardier à un bolide, à une flèche, partant en chandelle au dessus de la barrière sur laquelle il bondissait plus qu’il ne s’élancer.
Ce fut véritablement prodigieux , et quel enthousiasme !
Il fallait voir çà.

Rien ne peut donner la moindre la moindre idée de ces 4000 personnes, hommes, femmes, tous debout sur les bancs ( et j’étais l’un de ceux là) applaudissent à se rompre les mains , criant leur enthousiasme, leur joie débordante et la course se termina dans une immense clameur sortie de toutes les poitrines à la fois, qui couvrit entièrement l’air de Carmen que la musique jouait depuis 10 minutes et qui ressembla à du délire lorsque Cerf qui paraissait exténué, dont les yeux lançaient des flammes, la bouche pleine d’une écume sanguinolente, trouva l’énergie nécessaire pour bondir une fois de plus sur les barrières, et bascula de l’autre côté derrière Volle, qui les bras en croix, resta collé contre le mur avec le cocardier dans le dos.

Et le chroniqueur José, à qui nous empruntons ces lignes, concluait :
"Cerf, hier encore inconnu pour la plupart des aféciounado, vient de faire une course de légende et son nom est maintenant inscrit en lettres de feu sur la piste de Beaucaire."

Quelle course grand dieu ! j’étais sorti de la plaza complètement aphone. Un de ces quart d’heure inscrit inscrit à tout jamais dans notre mémoire.

Cerf avait déjà montré le bout de l’oreille , le 11 juillet à saint Gilles, lors d’un concours de manade Thibaud-Nou, où après le droitier Dédé Douleau, et le gaucher Gardiola , il avait exécuté quelques splendides actions aux planches qui en disaient long sur sa valeur .

Taureau assez menu, aux cornes plantées verticalement avec les pointes légèrement rentrées, au corps allongé et doté d’une grande souplesse de reins, plutôt une prédilection pour les droitiers sans négliger pour autant les gauchers, excellent sur les reprises Cerf termine par de superbes coups de barrière, relevant la tête en chandelle et plus tard, projetant ses adversaires. Cette grande facilité aux planches laisse une impression profonde.

Inutile de dire que le 22 août, la plaza St Gilloise fit le plein absolu. Tous étaient venu pour Cerf uniquement, qui ne réédita pas ses exploits de Beaucaire, la bourse n’étant pas de mise ce jours-là où simplement cinq hommes l’attaquèrent. Cependant 3 splendides coups de barrière sur Alfred Douleau et Gardiola déclenchèrent l’ovation et le disque.

En 1949, il est incorporé à la cocarde d’or, où sa prestation fut acceptable, il se défendit bien, ne refusa rien, signa cinq ou six actions aux planches bien timides, mais cependant déçut.

En juin, à St Gilles, il fut le meilleur du lot (grâce à Roger Douleau) qui le fit briller et fut même bousculé, tout comme en août à Beaucaire (revanche de la Palme) et à Lunel, en octobre, pour la clôture de la temporada pescalune.

En 1950, il fit ce qu’on attendait de lui aux Saintes pour Pâques, et pour la cocarde d’or, il domina le concours et rentra sous l’ovation générale le manadier Nou dut venir saluer au centre. belle défense du cocardier, attaqué à la bourre.
Cerf mena bien son affaire, et termina par deux remarquables actions aux planches sur Lucien Volle.
A la palme d’or, pour la 3 eme journée il se donna bien, mais si sa course fut volontaire, animée, intéressante, elle ne satisfait pas pleinement.

Il est vrai, écrivions-nous, dans l’Arlésien, que cerf débuta dans sa carrière de cocardier par un coup d’éclat, par une une course magistrale , par une course au sommet, c’était il y a deux ans, pour la finale de la Palme d’Or. Mais cette performance pèse lourd maintenant comme facteur de comparaison à son égard.
Chaque fois qu’on voit Cerf on pense à Cette course et Cerf a beau se démener, a beau faire une bonne sortie, aux yeux des aféciounado, ce n’est rien, Cerf a fait mieux, Cerf peut mieux faire s’il le veut.
Pour nous c’est une impression personnelle, bien entendu, Cerf ne refera plus une telle course.

Et il ne l’a jamais refaite, et pourtant sa saison 1950 fut bonne. Mais déjà, une nouvelle vedette apparaissait : San Gilen

San Gilen sera le meilleur taureau de la manade Nou de la Houplière , qui avait acheté en 1942 la totalité de l’élevage de Louis Robert lequel connut des heures de gloire avant la dernière guerre avec notamment quelques bons cocardiers : Pratique, Grelot, Lieutenant, Boër et surtout Juif qui s’illustra à la Cocarde d’Or de 1938.

Les temporadas qui suivirent ne voient pas Cerf se réhabiliter en 1951, ni à Beaucaire, en avril, avec une course gaie mais peu spectaculaire, ni à la Cocarde d’Or, où il se révèle désordonné, volontaire avec 2 uniques actions aux planches, mais termine mieux sa saison à Mouriès.
L’année suivante (1952), aucune des 6 sorties où son figure ne mérite la citation, peu d’ardeur au combat et une appréhension certaine à se dresser à la barrière.

Enfin, en 1953, ultime présentation à Barbentane, le lundi 31 août où, non initialement prévu, il remplaça un de ses congénères défaillants. Il acheva sa carrière sur une bonne note, conserva son 2e gland et entendit l’air de Bizet à la rentrée.

N’aurait-il accompli dans sa carrière que cette magistrale et inoubliable course de Beaucaire, mais ce ne fut pas le seul de ses exploits que Cerf mériterait de figurer à tout jamais dans le grand livre de la tauromachie et dans le mémoire des aféciounado.

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