A propos de "La Course Libre"
Article écrit en novembre 1924 par Marius Lautier alias "Lou Salinié" - chroniqueur taurin entre deux guerres - sur le journal "L’Aficion".

La Course Libre
La course libre est, de par son nom, une course où chacun peut exécuter tout ce qui lui plaît. Il en était du moins ainsi il y a un demi-siècle (article daté de 1925 NdR).
A ce moment-là les taureaux étaient presque uniquement de sang Camargue.
Par la conformation même de leurs cornes on pouvait alors exécuter toutes les fantaisies impossibles aujourd’hui : par exemple se coucher brusquement devant le taureau où l’on ne risquait, lorsque celui-ci surpris ne sautait pas, que quelques coups de mufle ; poursuivre l’animal à plusieurs avec une échelle, étant à peu près certains de ne trouver de résistance que sur le frontal, l’attaquer enfin avec un demï-muid, un sac de paille, voire même une brouette, ce qui demandait assez d’adresse de la part des exécutants.La course libre était la grande attraction et il n’était pas de fête sans taureaux.
« La Causo es manifeste,
Gès de troucho sènso iòu
E gès de belli fèsto
Sènso courso de Biôu. »a dit Auzias Jouveau, ce fin poète Provençal et, de Nîmes, à Beaucaire, d’Arles à la mer, des Saintes-Maries à Aigues-Mortes, il n’y avait de voto où l’on ne s’amusât au jeu de l’Arène.
Belle époque où les courses s’enfermaient encore en abrivado et se relâchaient en bandido.Il n’y avait alors aucun règlement, pour la durée du spectacle où la bête était au public tant que celui-ci s’en amusait.
Les pauses ou entr’actes, étaient remplies d’attractions : sauts de la taïole, trois sauts, lutte, etc., etc., et cela jusqu’à ce qu’un délégué du maire, quelquefois fort mal reçu, redonne le signal de la reprise.La cocarde faiblement primée, n’était qu’un attrait de plus, les raseteurs de l’époque ne se disputaient que quelques pièces de cent sous.
De nos jours, subissant elle aussi la rançon du progrès, la course a évolué : un règlement s’est établi et la cocarde est devenue le but principal.
Avant guerre quelques pistes avaient essayé de placer des glands au bout des cornes, cela ne dura pas.
Aujourd’hui la cocarde de frontal et la cocarde de garrot sont les seules admises ; on y adjoint ce qu’i est convenu d’appeler des glands mais de par leur pose ils ne sont que l’exacte répétition d’une cocarde ayant une ficelle coupée.
Bouvine et Traditions
Bouvino e Tradicioun