Bouvine et Traditions
Bouvino e Tradicioun
 

Calendrier

« août 2019 »
L M M J V S D
29 30 31 1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31 1
 

 

Accueil du site > Notre Patrimoine > La Bouvine > Récits, contes, légendes,... > Le Miura raseté.

Le Miura raseté.

jeudi 29 décembre 2011, par Archives

Notre monde taurin est plein d’anecdotes. Aujourd’hui (NdT : 22 décembre 2004) , je voudrais vous conter l’histoire du « Miura  » raseté.
C’est une histoire vraie qui a eu lieu en 1952 dans les arènes de Nîmes.

LE MIURA RASETE

En 1952 naissait la « FERIA DE NIMES », sous l’impulsion d’un groupe d’aficionados nîmois que présidait le Docteur Jean Lauret.
C’était un projet ambitieux et beaucoup à l’époque n’ont pas cru au succès qu’allait connaître cette fête.

Il est vrai que le programme proposé initialement fut contrarié dès le départ puisque les deux corridas prévues n’ont pas eu les toros proposés à leur cartel.

En effet, le programme prévoyait :

DIMANCHE 1ER JUIN 1952 A 15H30 , un lot de 6 toros de Don Eduardo Miura avec au Cartel Pepe Dominguin, Luis Miguel Dominguin et Rafael Ortega.

LUNDI JUIN 1952 A 15H30 , un lot de 6 toros de Don Antonio Urquijo avec au cartel Luis miguel Dominguin, Julio Aparicio et Antonio Ordoñez.

Devise  : verte et noire à Madrid, verte et rouge en province.
Escoussure  : " hendido " et " muesca " à gauche, " despuntada con golpe " à droite
Ancienneté  : 30 avril 1849
Finca  : "Zahariche", Lora del Río (Sevilla)

Hélas, tout le lot expédié par Don Eduardo Miura fut refusé par la Commission médicale.
Tous les toros avaient la « glosopeda » (NDW : fièvre aphteuse).

Le programme des corridas fut alors modifié et, c’est donc le lot de « URQUIJO » initialement prévu le lundi , qui ouvrit cette première feria de Nîmes .
Pour le lundi, les organisateurs durent faire appel à un lot de « MOURA ».

Pour revenir au lot de Toros de Miura, il faut savoir que Don Eduardo Miura avait envoyé à Nîmes un lot composé de six magnifiques exemplaires de sa ganaderia.
A leur arrivée à Nîmes, les services vétérinaires ne purent que constater que les six toros étaient malades et qu’ils ne pouvaient pas être combattus.
Tous les soins leur furent prodigués, mais malheureusement quatre toros moururent et, il ne resta que deux survivants.
Don Eduardo Miura exigea que ces deux toros soient abattus de crainte qu’ils ne puissent être utilisés comme sementales.
Jean Lafont proposa de les castrer et de les garder. Il en fit part à Ferdinand Aimé qui en fit immédiatement part à Don Eduardo Miura.
Ce dernier accepta et, voilà nos deux Miura qui vont rejoindre les prés de Ste Anne.
Malheureusement l’un des deux, très affaibli par la maladie et malgré tous les soins attentifs, meurt rapidement.

L’autre par contre se refit une santé.

L’été, est là , et la chaleur aussi. Ce Miura fait l’admiration de l’afición qui fréquente Ste Anne.

Est-ce la suite d’un déjeuner aux prés bien arrosé ?
Est-ce l’effet du soleil qui chauffe les idées ?
Est-ce une lueur de connaisseur ?

On ne sait pas par quel hasard, prit naissance dans l’esprit de certains de mettre ce « toro » en course libre.

L’idée fit son chemin et, on décide alors de présenter ce Miura à Nîmes avec la « SUPER ROYALE DE MONTAUD MANSE ».

Le MIDI LIBRE du 10 octobre 1952 et 11 octobre 1952 page 4 dans sa rubrique les « DISTRACTIONS" s’exprimait ainsi :

«  ARENES DE NIMES

LA SUPER ROYALE DE BERNARD DE MONTAUD MANSE AURA LIEU DANS NOTRE ANTIQUE AMPHITHEATRE DIMANCHE A 15HEURES, 100.00 frs de cocardes et primes seront l’enjeu de cette partie qui promet d’être chèrement disputée entre tous les as du crochet.

La présence des redoutables Lebret, Coute Negro, Taï, Thabor, Eyraguen, Trauco Noso, nous promet un après-midi tauromachique fertile en incidents et en émotions de toutes sortes.

PRIX DES PLACES :

Premières 300 fr.
Seconde 200 fr.
Amphis 120 fr.
Tarif réduit amphi 80 fr.

En supplément au programme et pour la 1ere fois en France, un 7ème toro de la Ganaderia de Don Eduardo Miura sera raseté par les quatre meilleurs raseteurs ayant enlevé le plus d’attributs à la course  »

Le grand jour arriva et le matin nos amis gardians prirent toutes les précautions pour trier ce « toro ».

Cela se passa sans problème.

L’après-midi, le temps n’était pas très clément et seulement 1500 personnes étaient présentes sur les gradins. Il y avait bien entendu les supporters de la marque mais aussi des curieux qui étaient venus voir ce Miura raseté.

C’était une petite affluence, car la semaine suivante, pour la clôture de la temporada il y avait 12.000 personnes.

La course était bien composée de Lebret, Trauco Noso, Eyraguen, Conte Negro, Taï, Thabor et du Miura.

A la sonnerie marquant la sortie du premier biòu, vingt-sept raseteurs sautèrent en piste. La course à la Cocarde à cette époque était libre et il n’y avait donc pas de limitation en piste.

La course est moyenne comme le rapportent le commentaires du MIDI LIBRE du 13 octobre 1952 en page 3 ou la revue « TOROS » de novembre 1952 page 11 et 12.

A propos des raseteurs dans la revues TOROS, Georges écrivait :

« Des raseteurs, Douleau Roger, se taille la part du lion , la famille Eyraud se mit en évidence, à noter le travail de Palot, Labrado, Garric, Ginies, Boursier, Lafont et le jeune nîmois Sicard, animateur de la course »

A propos des biòu de la Royale ses commentaires étaient les suivants :

LEBRET : désorienté par la multitude de rasets dès le début de l’attaque, le toro change de terrain, sa fin de course fut plus agréable où il défendit ses ficelles dont la seconde, primée 10.000 fr. Rentra au toril. « Carmen »

TRAUCO-NOSO : se déplaçant sur de rapides fusées, se retournant avec facilité, effectua de jolies actions sur Lolotte et Eyraud fils ; il tint tête aux nombreuses attaques dont il fut l’objet.

EYRAGUEN : Le doyen du lot se révéla comme tel, mou, se déplaçant sans trop de vivacité, malgré le travail des raseteurs : son quart d’heure fut ennuyeux : des poursuites sur Douleau Roger, et Antoine, un timide coup de barrière sur Sicard.

COUTE-NEGRE : débutant bien par des jolies actions sur Imbert et Eyraud, le cocardier ne répondit par la suite que par à coups au cours des nombreux rasets. A noter sur Garric, Douleau Roger,et Boursier, d’intéressantes poursuites.

THAI :Taureau rapide, fournit une prestation agréable, changeant de terrain avec à-propos, fit face aux attaques dont il fut l’objet.

THABOR : Le meilleur du lot, rapide, se retournant avec facilité, effectua une course au bizarre comportement par instants, répondant aux rasets puis se cantonna dans une réserve dangereuse pour l’homme, il fut d’ailleurs raseté avec prudence . Il émailla sa prestation de jolies poursuites sur Ginies, Boursier et Sicard. »

Voilà ce que firent les six biòu de la Royale de B. de Montaud-Mansé.

Entre alors le 7ème biòu de la course.

C’est le Toro de Miura.
Il est cardeño (NdW : de pelo blanco y negro.) avec taches blanches au ventre , encorné bas et court.

MIDI LIBRE du 13/10/1952, page 3, nous relate sa course ainsi :

« Essai du toro de Miura :
La présidence fait annoncer que le toro de Miura va être essayé, ne devra être raseté que par les meilleurs hommes de la journée, c’est-à-dire Douleau Roger, Heraud Clément, Heraud fils, Sicard, Ginies et le vétéran Rey.
La sortie du Miura fit sensation et les deux premières attaques se terminèrent par des coups de barrière sensationnels. Mais comme il était à craindre avec un toro espagnol beaucoup moins souple qu’un Camargue, les rasets qui lui tordent les reins le fatiguent plus vite.
Bientôt, il ne peut plus même poursuivre et se contente de faire front contre les raseteurs qui l’assiègent.
Il devient enfin presque inerte et on le fait rentrer avant la fin du quart d’heure.
Il est regrettable que les raseteurs non autorisés à travailler n’aient pas laissé le toro à leurs camarades désignés pour l’exhibition du Miura.
Aux prises avec six hommes seulement, il aurait pu être plus intéressant.
Ce manque de discipline a certainement faussé l’essai qui valait d’être tenté d’un toro espagnol en course libre. »

Quelques jours plus tard, MIDI LIBRE laissa entrevoir que l’expérience avec ce Miura serait renouvelée la saison suivante . « Certains connaisseurs » lui avaient trouvé des qualités et des circonstances atténuantes.
Il faut pourtant bien reconnaître que les aptitudes d’un toro de corrida et celle d’un biòu de course camarguaise ne sont pas les mêmes .
C. Georges dans la revue TORO, dans son résumé de la course écrivait fort justement : «  Débordé par les rasets, ne possédant point la souplesse d’un toro de Camargue  »

Le toro regagna les prés de Sainte Anne et fut abattu avant l’hiver.........

Première mise en ligne le 22 décembre 2004

P.-S.

Auteur : Michel Morante

13168

Répondre à cet article