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Si la bouvine m’était contée (18/26)

mercredi 28 octobre 2020, par Bernard

Une étude de Alain Carbonnier

LES CURIEUX DANS L’ARÈNE ARMÉS DE SIMPLES BÂTONS

Dans l’ensemble l’église évite de ces histoires.

On note de temps à autre, l’indignation de certains curés, ulcérés de voir l’office dominical troublé par la course d’un taureau « juste sous les murs de l’église »
Mais alors que quelques prêtres envoient aux maires et aux préfets des lettres ou l’on chercherait en vain l’esprit eucharistique, la majorité d’entre eux préfèrent déplacer, et ils le font volontiers, l’horaire de la messe.
Les deux seules interventions officielles du clergé catholique, portées à notre connaissance, datent de la deuxième moitié du XIXe siècle et sont le fait de deux évêques de Nîmes.

La première est de Mgr Plantier, il s’agit d’une instruction pastorale publiée en 1863  [1] où il distingue bien les deux sortes de courses de taureaux, les unes traditionnelles dans ce pays, les autres de temps en temps nous venant de par-delà les Pyrénées.
Ces deux genres de combat ne sont ni dangereux ni sanglants au même degré, mais tous les deux sont incompatibles avec le véritable esprit chrétien.

Autre circonstance aggravante, aujourd’hui comme alors, les jeux publics font une concurrence meurtrière aux fêtes religieuses, elle est la première condition qui procure l’indigne plaisir des courses de taureaux mais la désertion de nos temples.

La deuxième en date de 1885  [2] c’ est une instruction pastorale et mandement de Mg Besson.

Lui aussi distingue bien deux combats : corridas et courses de taureaux.

Le style est volontiers lyrique « c’est a la porte de nos arènes que l’ouvrier va porter son épargne, le domestique ses gages, l’écolier ses menus plaisirs, le pauvre et le mendiant le pain qu’ils tiennent de la charité publique »

— L’article 1 du mandement condamne fermement les corridas « Nous défendons a tous nos diocésains d’assister aux combats de taureaux »

— L’article 2, visant les traditions locales des courses, est plus nuancé « Nous blâmons sans détour les courses qui sont en usage dans quelques paroisses, elles ont leur danger pour les animaux et pour les hommes, elles excitent une curiosité malsaine, elle perpétuent de mauvaises habitudes, et si nous n’allons pas jusqu’à les interdire en le traitant de péché, nous faisons des cœurs ardents pour qu’elles disparaissent de nos cœurs »

Ces instructions, ces recommandations furent-elles suivies à la lettre ?

Sûrement pas, ni par les fidèles ni par la plupart des curés de village.
Mr le Vicaire général de l’évêché de Nîmes nous a même rapporté que ces interventions furent très impopulaires auprès du clergé local.
Personne ne connait le pourquoi de cette hargne.
Il faut dire qu’ils n’étaient pas issus de la région, Mgr Planer était originaire de Lyon, Mrg Besson de Besançon.
Ils étaient très peu familiarisés avec nos traditions et de fait peu aptes à les comprendre.

De toute façon leurs mandements restèrent lettre-morte [3].

Notes

[1] Lettre pastorale de Mgr l’Évêque de Nîmes au clergé et aux fidèles de son diocèse contre les courses de taureaux 1863

[2] Instruction pastorale et mandements de Mgr l’ Évêque de Nîmes, Alès et Uzès sur "les combats et les courses de taureaux dans" la semaine religieuse du 6 septembre 1885

[3] Expression française qui remonte au milieu du XIXe siècle.
Au sens propre du terme se disait à propos des textes juridiques qui perdaient leur valeur d’application,
Au sens figuré signifie : ne pas être appliqué ; ne pas être pris en compte

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